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Entretien avec Nana Mouskouri à l'honneur dans “Nana... quand tu chantes” jeudi sur France 2

Entretien avec Nana Mouskouri à l'honneur dans “Nana... quand tu chantes” jeudi sur France 2
Elle a fait le tour du monde avec ses chansons. Son public, ses chansons, c’est sa vie. Au moment où Nana Mouskouri repart pour une tournée mondiale, Stéphane Bern lui consacre, jeudi 1er janvier à 22:55 sur France 2, un documentaire dans lequel il revient sur les aspects connus et moins connus de son parcours. Échanges avec une star internationale qui, malgré plus de 450 millions de disques vendus, a su rester simple et proche des gens.
Lorsque Stéphane Bern vous a proposé ce film, vous avez dit oui tout de suite ?

J’ai connu Stéphane en 1984 à Genève, à l’occasion d’une soirée de gala pour l’Unicef. Je venais de prendre le poste d’ambassadrice itinérante d’Audrey Hepburn. Je l’ai tout de suite apprécié. Je n’aurais pas pu faire ce reportage avec quelqu’un d’autre. Avec Stéphane, on a envie de se confier, d’être sincère, comme avec le public.

Quel a été le moteur de votre réussite ?

Un enfant qui sort de la guerre peut prendre deux chemins. Il peut devenir violent en réponse à l’agressivité qu’il a reçue. Ou bien, il peut essayer de comprendre et de chercher si l’amour, la liberté et la paix existent. J’ai eu la chance de choisir cette route.

Votre parcours rappelle celui de Maria Callas, que vous avez rencontrée…

Pour moi, la Callas était une idole. Nous avions des points communs : nos problèmes de poids, un environnement familial parfois difficile et puis un pays, la Grèce, où les gens à cette époque n’aimaient pas trop que l’on réussisse à l’étranger. Lorsque je l’ai rencontrée, elle m’a rassurée et donné de bons conseils. C’est elle par exemple qui m’a dit : « Mieux vaut être une bonne chanteuse populaire qu’une mauvaise chanteuse de classique » ou « L’important c’est pourquoi tu chantes et comment tu chantes. Car c’est selon la façon dont tu chantes que les gens t’aiment ou ne t’aiment pas. » 
J’ai aussi eu la chance de rencontrer, très jeune, Mànos Chatzidakis et Nikos Gàtsos, les plus grands compositeurs et poètes grecs. Ils ont transmis une âme poétique à tout le monde, avec des mots qui venaient du passé mais qui étaient modernes. Des mots qui rendaient la fierté aux Grecs d’être grecs.

Vous êtes présentée comme très timide… mais avez néanmoins du caractère !

J’étais effectivement très timide. Lorsque j’ai débuté, tout le monde pensait qu’il fallait que j’enlève mes lunettes. Mais elles faisaient partie de moi et, finalement, je n’ai voulu ni les enlever ni me teindre en blonde ! 
De la même façon, je n’ai jamais accepté une chanson parce que l’on me disait qu’elle allait connaître un grand succès. Si je n’aime pas la chanson qu’on me propose, je dis non. J’ai toujours fait ce que j’aimais et chanté les chansons auxquelles je pensais pouvoir apporter quelque chose.

Avez-vous réussi au-delà de vos espérances ?

Je crois profondément que le chemin est plus important que le but, c’est cela qui vous rend vivant. La vie n’est pas seulement une destination.

De quoi êtes-vous la plus fière aujourd’hui ?

Je suis fière pour le public que je n’ai pas trahi. À chaque rencontre, j’ai reçu. Qu’il s’agisse de mon public ou des personnalités que j’ai rencontrées professionnellement, comme Louis Hazan, Pierre Delanoë, Quincy Jones, Michel Legrand, Pascal Nègre, Serge Lama... Je suis fière car tous mes amis ont contribué à me donner ce visage, cette confiance ; tous ceux que j’ai rencontrés ont été importants pour moi.

Y a-t-il une chanson de votre répertoire qui vous tient le plus à cœur ?

Je ne peux oublier Plaisir d’amour, Je chante avec toi liberté, L’Enfant au tambour…  Ce répertoire et les émotions qu’il a suscitées m’ont énormément enrichie.

Avez-vous regretté à un certain moment de ne pas avoir fait plus de lyrique, voire une carrière dans le lyrique ?

J’ai eu à un certain moment des regrets pour le classique. Je croyais que c’était pour moi complètement interdit. Je me suis entraînée pendant six mois pour préparer un disque : il fallait remettre ma voix en situation. Le disque n’a pas pu sortir pour des raisons de droits. Mais franchement, ça n’est plus aujourd’hui un regret ! 
Je crois que je n’avais pas vraiment la voix pour faire du lyrique, mais j‘aurais pu faire de la tragédie grecque, en chantant. Cela dit, je ne voulais pas me limiter à ce registre. J’étais boulimique d’autres chansons, d’autres répertoires. Je pense que lorsqu’on choisit un style, il faut l’approfondir, s’y dévouer ; surtout le classique, car il requiert une technique très spéciale.

Propos recueillis par Françoise Payen

Dernière modification lemardi, 30 décembre 2014 15:11
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