L'histoire en quelques lignes...
New York, 1980. Au club El Caribe, des centaines de corps s'oublient dans la musique chaude et l'alcool. Flamboyant, radieux, Bobby Green navigue entre ses convives et sa maîtresse, la sculpturale Amada, le nez blanchi par la cocaïne. Gérant de la boîte de nuit, il est proche du propriétaire, un mafieux d'origine russe.
À quelques rues de là, la police de New York s’épuise dans une lutte inégale. Sous l'uniforme, le père de Bobby et son frère Joseph cherchent à démanteler un réseau de drogue dans le quartier slave. Une nuit qui danse contre une autre qui tue, deux frères comme les deux facettes d'une même pièce, et la violence qui engendre la violence...
Entre le pouvoir de l’argent et sa famille, Bobby devra choisir.
Sang pour sang
Pour son troisième film, chef-d’œuvre tendu de bout en bout, James Gray (Little Odessa, Two Lovers) fait montre d’une maîtrise absolue, tant dans l’écriture que dans la précision du cadre.
À travers le parcours de deux frères que tout oppose, par-delà les frontières de la morale et des territoires, il suit une sanglante et implacable passation de pouvoirs. D’un meurtre à l’autre, l’autorité du père, commandant de police, glisse sur les épaules du fils Joseph, l’héritier justicier, puis sur celles de Bobby, fils indigne et intense, guidé par son seul instinct de survie.
Un polar traité comme un drame shakespearien, où s’entremêlent rivalité, cruauté et loyauté. Dos au mur, les protagonistes sont précipités vers leur destin, emportés par la terreur et la violence brute. Entre les chaudes couleurs des clubs où l’argent, l’alcool et la drogue coulent à flots, et l’austérité glacée des postes de police, deux univers se heurtent. Peu à peu, l’image se ternit et projette son aura, malade et blafarde, sur les mauvais choix, deuils et renoncements.
Le son nous immerge au cœur de l'action. Scène culte, la course-poursuite en voiture est filmée sous des trombes d'eau. Souffles courts, martèlement de la pluie, chuintement lancinant des essuie-glaces... : tout suggère l'étouffement et cette hyperconscience qui précède le désastre. Une leçon de cinéma, tout à la fois d'auteur et d'action.



































