L'école française traverse-t-elle une crise sans précédent ? Des élèves privés de professeurs pendant des mois, un chef d'établissement démuni face à l'impossible défi du remplacement, des enseignants insultés ou frappés par leurs propres élèves, des parents qui bafouent l'autorité et un niveau scolaire en chute libre… jamais le personnel de l'Éducation nationale n'avait connu de telles situations. Les chiffres sont accablants : 911 agressions en 2023 soit +25 % en un an et 2 859 démissions entre 2023 et 2024.
Pendant un an, les journalistes de Zone Interdite ont enquêté au cœur de l'Éducation nationale, parfois en caméra cachée, pour révéler des dysfonctionnements invraisemblables. Les équipes du magazine se sont infiltrées comme surveillants dans deux établissements. Elles ont aussi été recrutées comme enseignants avec une simple licence de communication. Dans les deux cas, aucun contrôle n'a été effectué.
À l'école, la violence ne frappe plus seulement les élèves entre eux : elle vise d'abord les adultes.
À 27 ans, Florence a reçu dans son collège une lettre de menace de mort avec un cercueil et trois noms : Samuel Paty, Dominique Bernard… et le sien.
Près de Dijon (Côte-d'Or), Sally, professeure agrégée, s'est barricadée face à un élève de 14 ans revenu en cours avec un couteau de vingt-trois centimètres. Le garçon a écopé de 4 ans de prison mais son pire traumatisme reste l'abandon de sa hiérarchie.
À Sanary-sur-Mer dans le Var, une enseignante a été poignardée en plein cours.
Même l'école primaire n'est pas épargnée : à Châtillon-Coligny (Loiret), une mère a roué de coups la maîtresse de son fils, sans le moindre regret.
Épuisés, de plus en plus de professeurs craquent. Et quand ils sont absents, ils ne sont pas remplacés. Seuls 10 % des remplacements sont assurés. Près de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), des classes de 3ᵉ sont sans professeur depuis deux mois alors que le brevet approche à grands pas. Comme solution, l'établissement leur a conseillé de regarder des tutoriels sur internet. Des parents, comme Michel, éboueur à Toulouse (Haute-Garonne), se voient contraints de poser des jours de congés pour faire eux-mêmes l'école à leurs trois enfants. Les conséquences sur le niveau scolaire sont alarmantes. Des copies de 3ᵉ révèlent une faute d’orthographe par mot, aucune phrase correctement conjuguée.
Alors, qui met-on vraiment devant nos enfants ? Un ancien narcotrafiquant est devenu professeur grâce à un faux CV, un directeur d'école condamné pour pédopornographie en Lozère est pourtant maintenu en poste pendant quinze ans.
Zone Interdite a filmé une école à bout de souffle et pose, avec urgence, une question : est-il encore temps de sauver l'école de la République ? Car ce que les équipes de Zone Interdite ont vu, personne ne voulait nous le montrer…

































