« Des vies sans école », document “Infrarouge” mardi 27 avril sur France 2

Mis en ligne par dimanche 25 avril 2021 9043
« Des vies sans école », document “Infrarouge” mardi 27 avril sur France 2

A voir mardi 27 avril à 23:05 sur France 2 dans la case documentaire “Infrarouge” de Marie Drucker, le document « Des vies sans école » réalisé par Katia Chapoutier.

On parle de 62 000 enfants qui apprendraient en dehors des murs de l’école. C’est ce que l’on appelle l’IEF, l’instruction en famille. Un choix et une liberté offerts à tous depuis Jules Ferry. Mais la loi dite « Séparatisme », actuellement examinée au Sénat viendrait chambouler la donne. Il ne serait plus possible pour ces familles de continuer à laisser leurs enfants étudier à la maison, à quelques rares exceptions près.

Pourtant, pour de nombreuses familles, l’école à la maison est bien plus qu’une question d’instruction, c’est un choix de vie profond. Katia Chapoutier est partie à la rencontre de quatre familles pour qui l’IEF est une expérience enrichissante et épanouissante.

Quatre familles très différentes mais qui ont cependant le point commun de n’être ni en colère contre l’Education Nationale ni prosélyte dans leur démarche.

Pendant quelques mois, elles ont accepté de partager leur quotidien et leur intimité afin de nous expliquer leurs choix, leurs réflexions mais aussi l’organisation d’une existence où l’on vit ensemble 24 heures sur 24.

Sans tabou ils répondent à toutes les questions et nos doutes prouvant qu’il n’y a pas une seule méthode mais autant d’école à la maison qu’il y a de famille.

Permanente ou temporaire, l’IEF peut être une réponse aux difficultés de l’enfant, comme Léonard qui a été rejeté par son maître car il souffrait de trouble de l’attention et de dyslexie. Ou Alexina atteinte de phobie scolaire. Pour Mélodie et Jean-Gaël, c’est un moyen d’offrir le temps de vivre à leurs deux enfants. Pour Gwenaele et Gilles, le choix du libre apprentissage est selon eux le meilleur chemin pour que leurs cinq enfants deviennent des citoyens éclairés bien dans leur vie.

A travers ces quatre témoignages où l’on découvre comment l’école à la maison peut être une réussite, ce n’est pas seulement le système scolaire qui est questionné, c’est aussi notre rapport à l’autre et à l’enfant. Une formidable opportunité de réfléchir au sens du terme éducation. Qu’elle soit scolaire ou morale.

Ce documentaire sera suivi d’un plateau présenté par Marie Drucker avec Isabelle Filliozat, psychothérapeute et Agnès Van Zanten, sociologue, directrice de recherche au CNRS-Science PO.

Note d'intention de Katia Chapoutier

"Longtemps, j’ai eu beaucoup d’a priori sur l’école à la maison. J’avais l’impression que c’était un choix qui coupait les ailes des enfants, un choix qui les éloignait de la société, un choix clairement égoïste.

Car, pour moi, l’école, la vraie, à mes yeux était forte et ainsi elle garantissait l’égalité pour tous.

Et, en fait, ce documentaire m’a profondément fait réfléchir et j’ai compris que toutes ces idées reçues étaient liées au fait que je n’avais jamais vraiment côtoyé de famille qui pratiquait l’école à la maison.

En enquêtant, j’ai navigué dans de nombreux univers. J’ai découvert des méthodes étonnamment variées mais j’ai surtout fait la connaissance d’enfants libres, épanouis, sûrs d’eux-mêmes et épargnés par les diktats de la société de consommation. J’ai été fascinée par les belles capacités d’adaptation tout terrain qu’ils pouvaient avoir en particulier quand il s’agit, pour certains, de réintégrer le lycée pour décrocher le fameux bac…

De ces enfants qui, dit-on, n’ont pas accès à la socialisation, j’ai surtout été impressionnée par leur capacité à se lier à tous les âges. Contrairement aux enfants scolarisés qui ont rarement des camarades dans les classes au-dessus ou au-dessous, les « non-sco »perçoivent la richesse de toutes les périodes de la vie et loin de tout formatage ils parlent d’égal à égal avec toutes les générations.

J’ai fait le choix de donner la parole à quatre familles très différentes pour qui l’école à la maison est un choix essentiel et absolument central dans leur vie. J’ai trouvé qu’il était intéressant de donner la parole à des gens qui ont énormément réfléchi à leur choix et pour qui cela marche.

Pour moi, il était essentiel que ces familles ne soient pas en colère contre l’éducation nationale car cela aurait brouiller le message. Il était important qu’elles ne soient pas prosélytes. Ce choix est le leur et elles respectent ceux des autres.

Avant de tourner, nous avons passé du temps ensemble. Il était fondamental de ne plus être des inconnus pour les familles. Que contrairement à trop souvent dans leur quotidien, ces familles ne se sentent pas jugées mais bel et bien écoutées.

A ma grande surprise, au fil de mon travail d’enquête j’ai commencé à percevoir combien ces familles pouvaient m’apprendre sur la mienne. Combien l’écoute des rythmes et des envies de l’enfant pouvait lui transmettre une chose essentielle pour s’épanouir dans la vie : le respect de l’autre. Ainsi en l’accompagnant dans toute sa diversité et son unicité, on apprend instinctivement à l’enfant à faire de même avec son prochain.

Je ne suis pas pour autant devenue une adepte de l’école à la maison. Même si je pourrais l’envisager si un de mes quatre enfants était en souffrance. Mais, réaliser ce film m’a beaucoup fait réfléchir à bien des points de l’éducation que nous donnons à nos enfants. Et je crois pouvoir dire que cela nous a tous fait grandir. J’espère qu’il en sera de même pour les téléspectateurs".