L'histoire en quelques lignes...
Felix, plasticien, et Leon, écrivain, décident de séjourner un été dans une villa au bord de la Baltique, entre mer et forêt, appartenant à la famille de Felix. Les deux amis espèrent y stimuler leur créativité.
À leur arrivée, ils sont accueillis à leur grande surprise par Nadja, qui occupe déjà les lieux : une jeune femme solaire, qui vend des glaces sur la plage le temps de la saison. Troublé, Leon tente malgré tout de travailler à son deuxième roman, tandis que Felix s'attelle à une série de portraits de dos face à la mer, et se lie avec Devid, maître-nageur et amant éphémère de Nadja.
Au fil des jours, le quartette cherche à s’accorder sur une partition commune, alors qu'un incendie menace bientôt son havre de paix.
Pluie de cendres
Dans son dixième long métrage aux accents rohmériens, le cinéaste allemand Christian Petzold excelle, une fois encore, à peindre la confusion des sentiments comme à restituer la sensualité de l’été sur les rivages de la Baltique. Ressac, herbes folles des dunes tanguant sous la brise, murmure des feuilles dans les sous-bois : la nature vibre pour s’inviter dans un jeu de l’amour et du hasard qui affole les corps et les âmes.
Ébloui par Nadja (Paula Beer, tout en grâce aérienne), dont il s’acharne à fuir les doux assauts, l’ombrageux Leon (Thomas Schubert, parfait en littérateur égocentrique) réprime ses émois, prétextant l’urgence d’une écriture qui résiste. Verrouillé dans ses frustrations tandis que ses colocataires profitent avec légèreté de l’instant, il se trompe avec une telle constance qu’il en devient attachant. Plus libre, Felix, lui, s’abandonne sans entraves à son désir.
L’élégance du film tient aussi à sa dimension tragique, qu'annoncent le sinistre ciel rouge et sa pluie de cendres, lorsque l’image des amants captifs du feu rappelle d'autres victimes figées dans une ultime étreinte, celles de Pompéi.