L'histoire en quelques lignes...
1916. Bill, ouvrier dans une fonderie à Chicago, s’enfuit après avoir cogné sur un contremaître. Avec Abby, sa petite amie, et sa jeune sœur Linda, il grimpe dans un train, direction les grandes plaines du Texas, avec d’autres prolétaires en quête de travail.
Au beau milieu de nulle part, hommes et femmes sont embauchés pour moissonner les champs d'un riche propriétaire. Soucieux de passer inaperçus, Bill et Abby cachent leur relation. Or le fermier, Chuck, tombe amoureux de la jeune femme et veut l’épouser. Bill la pousse à accepter car il a appris, par hasard, que Chuck est atteint d’une grave maladie et n’en a plus pour longtemps…
Grâce animale
Sous le regard émerveillé de Terrence Malick, les blés ondulent, les insectes crissent, la plaine vibre. Le labeur des hommes est magnifié par la lumière du couchant, dans des scènes quasi bibliques. Le cinéaste fait des immenses plaines texanes bien plus qu’un décor : un monde. Celui-ci abrite, entre autres créatures, l’homme pris au piège face à ses prédateurs, à la merci d’une invasion de criquets ou de la brutalité d’un contremaître symbolisant l’exploitation capitaliste du début du XXe siècle. Car derrière l’hymne à la nature, Malick glisse une touche de critique sociale.
Après l’accueil enthousiaste fait à son premier film, La balade sauvage, le cinéaste a bénéficié pour ce deuxième long métrage d’un gros budget de la Paramount (quelque 3 millions de dollars). Pourtant, Les moissons du ciel ressemble peu aux épopées mélodramatiques des studios hollywoodiens. L’histoire est contée en mots bruts et en voix off par une adolescente, Linda, la petite sœur de Bill ; les acteurs jouent avec un naturel époustouflant, une grâce animale ; les rares dialogues se noient dans le bruit des moissonneuses ; la caméra tourne et virevolte, exaltant la rivalité entre Sam Shepard et Richard Gere. Un film magnifique.


































