« La vie est dans le pré », document inédit sur France 3 ce jeudi 27 février

Mis en ligne par dimanche 23 février 2020 2654
« La vie est dans le pré », document inédit sur France 3 ce jeudi 27 février

A découvrir ce jeudi 27 février à 23:00 sur France 3 dans la case documentaire “La ligne bleue”, le film « La vie est dans le pré » réalisé par Eric Guéret.

Présentation du documentaire

Paul François, agriculteur en Charentes, est un « grand céréalier », il exploite 250 hectares de terre. En 2004, il a été intoxiqué par du Lasso, un herbicide de Monsanto. Il en garde de graves séquelles. Après dix années de doutes et d’hésitations, Paul a décidé de surmonter ses peurs et de convertir toutes ses terres en agriculture biologique. Eric Guéret a suivi cette mutation passionnante pendant une année, de sa dernière moisson « chimique » à sa première moisson sans pesticide.

Le cas de Paul est emblématique de celui des agriculteurs de sa génération. Passer en bio demande de tout remettre en cause. Il doit commencer par réapprendre l’agronomie, observer ses terres, adapter les outils dont il dispose et inventer sa propre méthode. Un savoir qu’il avait oublié comme tous ceux qui ont été formés à l’agriculture intensive. Paul prend des risques importants mais l’enjeu est essentiel. S’il parvient à cultiver 240 hectares en bio, il aura prouvé que l’agriculture chimique n’est pas une fatalité et qu’il est potentiellement possible de nourrir la planète sainement.

Parallèlement, Paul mène un autre combat de taille. Depuis douze ans, il se bat en justice contre Monsanto pour faire reconnaître la responsabilité de la firme dans ses graves problèmes de santé. Il a gagné en première instance et en appel, mais Monsanto contre-attaque en permanence. Ce procès très médiatisé va connaître son issue dans ce film lors d’une ultime audience à la cour d’appel de Lyon. Cassation ?

Note d'intention du réalisateur

Je connais Paul depuis dix ans. Je l’avais filmé dans mon documentaire « La mort est dans le pré », qui donnait la parole à des agriculteurs reconnus victimes des pesticides. Paul a été intoxiqué, il s’en est sorti de justesse après des mois d’hospitalisation et, aujourd’hui encore, il est victime de graves problèmes de santé.

Prisonnier d’un système agricole dont il n’arrivait pas à sortir, il continuait à défendre l'agriculture intensive et l’usage des pesticides, argumentant qu’il n’y avait pas de solution et que le bio ne pourrait jamais nourrir la planète.

Il lui aura fallu dix ans, de nombreuses attaques, la pression permanente de sa femme et de ses deux jeunes filles pour arriver à affronter ses peurs. La plupart des agriculteurs ont oublié comment leurs grands-parents cultivaient sans chimie.

A l’heure ou le syndicat agricole majoritaire, la FNSEA, invente le concept « d’agribashing » pour tenter de défendre une profession victime d’attaques croissantes contre ses pratiques, les manifestations d’agriculteurs demandant à la population de les soutenir paraissent à côté de la réalité. L’amour et la reconnaissance ne se réclament pas en manifestant, mais en agissant comme Paul François.
Ils se défendent en argumentant qu’ils font ce qu’ils peuvent et qu’ils sont eux-mêmes victimes d’un système. Mais la disparition de la biodiversité inquiète de nombreux citoyens, les conséquences de la chimie sur la santé sont connues… Par conséquent, la consommation de produits bio connaît une croissance record et les agriculteurs qui répandent des produits calfeutrés dans leur cabine climatisée sont de plus en plus mal vus.

Les derniers chiffres publiés par le ministère de l’Agriculture n’arrangent pas les choses. En 2019, la consommation de pesticides a connu un bond record de 21 %.

Paradoxalement, alors que certains agriculteurs utilisent toujours plus de pesticides, nous assistons depuis 2015 à une véritable explosion des conversions en agriculture biologique. La croissance est de plus de 15 % par an, elle répond à cette demande croissante des consommateurs. Mais elle est surtout le signe d’un bouleversement de fond. L’agriculture bio change d’échelle, s’industrialise et gagne les grandes cultures comme celles de Paul. Et en plus de fonctionner techniquement, elle se révèle rentable financièrement.

Le combat de Paul est donc exemplaire d’une mutation profonde de notre agriculture et des tensions qu’elle génère. Si Paul remporte son pari, alors qu’il est malade, il aura mis à mal le dernier argument de l’agriculture dite conventionnelle : l’emploi de la chimie n’est pas indispensable pour nourrir la planète.

Dernière modification le dimanche, 23 février 2020 12:41
Publié dans Documentaires