« Devenir instit » : document “Infrarouge” de Rémi Lainé & Emile Rabaté mardi 3 mars sur France 2

Mis en ligne par dimanche 1 mars 2020 8946
« Devenir instit » : document “Infrarouge” de Rémi Lainé & Emile Rabaté mardi 3 mars sur France 2

A découvrir ce mardi 3 mars à 23:00 sur France 2 dans la case documentaire “Infrarouge”, le film « Devenir instit » de Rémi Lainé et Emile Rabaté.

Dans une vie d’instit, il y a une année inoubliable, celle où ils basculent du statut d’élève à celui de professeur. Ils sont alors « enseignants fonctionnaires stagiaires », à mi-temps en fac, à mi-temps dans une classe qui leur est confiée.

Dans la grande banlieue parisienne, entre zones pavillonnaires et grands ensembles, filmées tout au long de cette année-charnière, Solenne, Sara-Difa, Marie-Castille et Clara apprennent à enseigner, se démènent pour accomplir leur mission fondamentale, leur motivation en butte à la découverte d’un métier où il faut instruire tant d’enfants si différents...

Les personnages

Solenne Bissonnier a exercé pendant près de vingt ans la profession d’attachée commerciale. Quelques semaines avant de passer le concours de professeur des écoles, elle vendait encore des systèmes d’appel pour les personnes âgées. Au moment de rentrer dans la classe qui lui est confiée, sa seule référence c’est quand elle-même était élève. La rentrée, c’est le début d’une nouvelle vie, la découverte d’un petit monde : une classe de CE1. Elle improvise avec brio. « On repère tout de suite les personnalités un peu fortes qui se démarquent par leur présence, leurs questions ou à l’inverse par leur lenteur, le regard qui peut partir ailleurs pour certains, on se dit que ceux-là, il va vraiment falloir travailler à les captiver… ». Si Solenne semble tant à l’aise c’est peut-être aussi qu’elle songe à ce métier depuis si longtemps…

Toute jeune et pleine d’allant, Marie-Castille Peña se souvient qu’elle était une élève dynamique, un rien perfectionniste. Au moment de prendre en charge sa classe de maternelle, 28 élèves dont un enfant autiste, elle doit réviser son ambition pédagogique à la baisse pour « tenir » sa classe : « À un moment donné, je me suis dit je ne vais pas y arriver, j’ai deux bras, deux jambes, deux yeux… Tu te sens un peu seule dans ta galère. Au début, sans clé, sans savoir quoi faire, j’avais l’impression d’être dans une jungle, aphone toutes les semaines… ». Pas étonnant dans ces conditions que son amie de promotion Marina, soumise à trop de pression, décide en cours d’année de démissionner. Et pourtant, lors de « cette année-crash-test », …à la faveur d’une épidémie de varicelle, Marie-Castille va découvrir le plaisir d’enseigner.

La volonté de devenir prof de Sara-Difa Cavé est venue de ses premiers petits boulots d’animatrice. Mais elle a plus d’une corde à son arc. Bilingue, elle a décidé, dès la rentrée d’enseigner l’anglais à ses élèves. Et comme elle est dotée d’une voix de diva, tout cela se passe en chanson… Ce qui n’empêche pas, qu’elle va découvrir qu’ « enseigner, ça s’apprend »… Comment se placer dans la classe pour que les plus timides trouvent leurs marques, comment faire pour qu’aucun de ses élèves ne s’ennuient et ne viennent perturber la bonne marche de la classe ? A la scène comme à l’école, Sara-Difa donne le meilleur d’elle-même et réussit à transmettre à ses élèves le plaisir de la découverte.

La terreur de Clara Balan ? « Les CM2… Déjà parce qu’ils sont plus grands que moi… ». Pour sa première année, Clara a eu de la chance, elle enseigne à des CE2. Avec eux, elle semble jouer, tout en posant de fermes limites. Il y a derrière cette façon de faire une idée directrice : faire naître le désir d’apprendre. Elle s’y emploie avec beaucoup d’entrain et de sollicitude. Mais dans le grand vent de cette année, elle doit aussi ingurgiter l’apprentissage théorique, boucler son master, anticiper les questions des parents, « apprendre à ne pas crier ». Avec sa fraîcheur tout juste sortie de l’adolescence, son rire communicatif, Clara s’impose, mine de rien et finit par boucler son année sans rien perdre de sa bonne humeur.

Note d'intention du réalisateur

« Devenir instit » est un long chemin accidenté. Chaque année, dans toute la France, des dizaines de milliers de candidats s'inscrivent au concours de recrutement de professeurs des écoles. A l’arrivée, ils seront beaucoup moins à « embrasser » la carrière. En suivant quelques lauréats du concours dans cette première année cruciale où ils alternent, apprentissage théorique sur les bancs de la fac et application pratique face à une classe, ce film, conçu sur la base d’un an d’enquête, s’interroge sur le sens d’une vocation qui perdure et prospère, quels que soient les bons et mauvais procès faits à l’enseignement, sa qualité, son évolution. Ni pour l’argent, ni pour la gloire. Juste pour que les enfants de la République, tous les enfants, nos enfants, aient un socle de connaissances communes pour avoir une chance de trouver leur place. Et comment dire... Si pour les élèves, ce n’est pas toujours gagné, pour les apprentis-enseignants, c’est un parcours du combattant.

Rémi Lainé et Émile Rabaté ont suivi une année durant quatre jeunes enseignantes-stagiaires d’une promotion de l’Ecole supérieure du professorat et de l’Éducation de l’académie de Créteil. A la fois saga et journal de bord au quotidien, le film suit leurs premiers pas, leurs moments de grâce et leurs difficultés en croisant les parcours et les expériences. Comment gérer seule une classe maternelle de 28 élèves avec un enfant autiste ? Comment faire naître le désir de parler anglais à des tout-petits qui, pour peu qu’on sache les captiver, en redemandent volontiers ? Comment jouer de sa voix, de sa posture face à des gamins à qui rien n’échappe ? Comment enseigner ce qui peut apparaître comme des évidences… et qui ne le sont pas ? Dans la tête d’un enfant, 1+2 ne fait pas toujours trois…

Il leur faut s’adapter aux programmes imposés, se confronter à la disparité des niveaux et la diversité des enfants. Autour des enseignements fondamentaux, mais aussi de questions sensibles, comme l’éducation à la sexualité, l’éducation morale et civique, la gestion des relations avec la hiérarchie ou les parents d’élèves, des échanges permanents s’opèrent entre enseignement théorique et application sur le terrain.
Leurs enseignants-formateurs, seconds rôles du film, sont là pour les conseiller, les encadrer, mais enseigner sous le regard de l’autre, c’est encore une pression supplémentaire. Jaugés, jugés, il leur faudra prouver tout au long de l’année qu’ils sont aptes à plonger dans le grand bain de l’école.

« Mes trois enfants ont fait toute leur scolarité dans l’école publique de Seine-Saint-Denis. J’ai plusieurs professeurs des écoles dans mon entourage proche. Je n’avais pourtant jamais mesuré la pression énorme, la tension de chaque instant que représente la gestion d’une classe. La première fois que je suis allé repérer dans une classe maternelle avec une enseignante débutante, je suis ressorti avec l’impression d’avoir passé deux heures dans le tambour d’une machine à laver. Tout parent, tout décideur public devrait un jour passer une journée entière dans une classe pour mesurer ce que ça représente. » Rémi Lainé.

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