« Les damnés, des ouvriers en abattoir », document “Infrarouge” mardi 30 juin sur France 2

Mis en ligne par dimanche 28 juin 2020 2324
« Les damnés, des ouvriers en abattoir », document “Infrarouge” mardi 30 juin sur France 2

A découvrir mardi 30 juin à 22:50 sur France 2 dans la case documentaire “Infrarouge” le film inédit « Les damnés, des ouvriers en abattoir » écrit et réalisé par Anne-Sophie Reinhardt.

Des ouvriers en abattoir, pour certains toujours en poste, racontent le travail. Leurs témoignages révèlent ce que « ce monde à part » aux limites de la condition humaine produit sur la santé des ouvriers. Le film rend compte du combat que les hommes et les femmes qui travaillent en abattoir doivent mener contre leurs propres émotions pour parvenir à « tenir » au quotidien. Au fil de leurs récits, par fragments, les images mentales qui les habitent se dévoilent peu à peu, et l’on devinera par endroit toutes celles qu’ils préfèreront ne pas livrer. Tourné en forêt, espace symbolique de refuge et d’isolement, le documentaire ne montre aucune image captée en abattoir.

Résumé du film

Ils s’appellent Joseph, Mauricio, Nadine, Stanislas, Stéphane, Olivier, Michel et semblent, en nous racontant le travail à l’abattoir, témoigner d’une sorte de front de guerre insensé et irréel, d’un monde aussi indescriptible qu’innommable, et pourtant, bien qu’« invisible » aux yeux de ceux qui n’y pénètrent jamais, bel et bien réel puisqu’installé à la porte de nos villes et villages. Ils décrivent ce qui les a conduits à devoir s’y rendre et à n’avoir comme seul choix que de ne plus pouvoir en partir. Disent combien ce travail à nul autre comparable est source de tourments. Il est question de blessures psychiques, de détresse et failles émotionnelles, de distorsions psychologiques, de cauchemars récurrents, de traumatismes, et en creux de tous les non-dits.

En plus des récits des ouvriers viennent s’ajouter la parole de Martial, un ancien agent vétérinaire en abattoir, et celle de Sandro de Gasparo, ergonome de l’activité, spécialiste en santé et travail, qui a participé il y a quelques années à une étude sur les souffrances psychiques des ouvriers en abattoir.

Les images du film ont été réalisées en forêt, qui tient symboliquement lieu de « monde à part » en marge du réel, à l’instar de ce qu’est l’abattoir quand on en décrit l’activité concrète et au vu de la place qu’il occupe au sein de notre société.

Note d'intention de la réalisatrice Anne-Sophie Reinhardt

La volonté de réaliser un film documentaire sur les souffrances psychiques causées par le travail en abattoir est survenue lorsque voyant des images filmées clandestinement dans des abattoirs français, il m’a semblé que la neutralité apparente des silhouettes d’ouvriers à leur tâche était encore bien plus stupéfiante que « les pétages de plombs » visés par les vidéos. Stupéfiante, car dans ce décor où tout n’est qu’effroi, on les voit évoluer silencieux et impassibles. Un monde pourtant dans lequel nous-même ne saurions, en nous y projetant, y garder notre sang-froid, tant la stupeur qu’il procure est bouleversante rien qu’en image.

Comment, puisque nous nous accordons à dire que les images captées en abattoir sont insupportables et insoutenables, comment serait-il rendu possible qu’un individu lambda puisse y être indifférent sans avoir dû se forcer à devoir se transformer pour parvenir à éteindre en lui ses émotions ? Le processus de cette métamorphose des émotions pose question, car on ne peut s’y résigner qu’au prix d’une profonde et douloureuse négation de soi-même.

Pour rendre compte par le documentaire de ce qui tient de l’invisible, c’est-à-dire de l’expérience sensible, sensorielle et psychologique vécue en abattoir, j’ai choisi de n’employer dans le film aucune image captée en usine-abattoir. Et ce parce qu’elles seraient de fait ou trop sidérantes pour le spectateur, et feraient écran entre lui et la parole des ouvriers, ou bien seraient bien en de ça de l’expérience de la réalité. Ne serait-ce que du quotidien, qui lui est tout autre qu’une image diffusée sur écran.

Le documentaire de témoignages permet toutefois de nous laisser approcher, du moins pour partie, de ce que cela nous ferait à nous-même, pas dissemblables de ceux qui racontent, si nous étions à leur place. C’est ce chemin d’intention que le film documentaire a voulu suivre.