« Vieillir enfermés » : document tourné au cœur d'un EPHAD frappé par le Covid-19, le 3 février sur ARTE

Mis en ligne par lundi 11 janvier 2021 1049
« Vieillir enfermés » : document tourné au cœur d'un EPHAD frappé par le Covid-19, le 3 février sur ARTE

A découvrir mercredi 3 février à 22:40 sur ARTE, « Vieillir enfermés », un documentaire poignant d'Eric Guéret, tourné en immersion au cœur d'un EPHAD parisien frappé par la Covid-19.

Le quotidien des équipes dévouées et des résidents esseulés d'un Ehpad frappé par la pandémie. Un documentaire en immersion dans lequel la Covid crée un effet de loupe sur les conditions de vie indignes de nos aînés.

Mars 2020, dans l'Ehpad Furtado-Heine, dans le XIVe arrondissement de Paris. "Madame Benichou, on a eu le résultat de votre test. Vous portez le virus du Covid. Il ne faut pas rester dans le couloir, sinon vous allez contaminer les autres résidents", explique Anita Rossi, la directrice, protégée de la tête aux pieds. Son interlocutrice, une vieille dame postée dans le couloir, le dos courbé mais la parole vive, panique à l'idée de rester cloîtrée dans sa chambre. Sur les 120 résidents, 35 sont malades du virus et 8 en sont déjà décédés. Une partie du personnel est en arrêt maladie et l’autre tente tant bien que mal de faire face.

Pendant trois mois, le réalisateur Éric Guéret a partagé le quotidien de cet Ehpad, de ses employés et de ses résidents. Ce documentaire en immersion raconte l’engagement sans faille de ces héros en blouse blanche, les émotions que chacun traverse et verbalise tout au long du film, du sentiment de tristesse à celui, plus vertigineux encore, "d'être coupé de ses émotions", la peur, le courage, la solidarité et le dévouement.

Au milieu de ce chaos infernal, alors que tous les résidents sont enfermés dans leur chambre et privés de visites, les équipes continuent, dans le peu de temps dont elles disposent, de s’occuper des anciens avec une infinie bienveillance.

Ce document poignant, où l'épidémie agit comme un révélateur, incite à regarder en face les conditions de vie dans les Ehpad, des lieux où, par manque de moyens, on meurt du virus mais aussi de ce qu'il amplifie : la solitude et l'ennui.

Entretien avec le réalisateur du documentaire, Éric Guéret.

Quand avez-vous commencé à tourner ce film ?

Éric Guéret : À la mi-mars 2020, lorsque l'on ne connaissait pas encore très bien le virus, et que l'on a compris que les Ehpad allaient subir les plus grandes difficultés. Celui dans lequel j'ai tourné * comptait 120 résidents : un tiers d'entre eux ont été contaminés par le Covid, 12 en sont morts… Une grande partie de l'équipe soignante, formidable de courage et de résilience, demeure traumatisée par ce qu'elle a vécu.

Pourquoi avez-vous choisi de vous rendre dans un Ehpad ?

Je voyais en ce lieu un point d'observation de la crise sanitaire. Mais très rapidement, j'ai eu envie de me dégager de ce parti pris pour filmer, durant trois mois, ce que signifie vieillir dans un tel établissement. Vivre le carnage sanitaire fut très éprouvant, mais découvrir le quotidien de ces résidents se révéla encore plus violent, car si la crise est passagère, les conditions de vie de nos anciens, elles, sont durables.

On a l'impression que vous filmez une prison...

Effectivement, cette crise isole les résidents, mais les personnes âgées témoignent aussi du fait qu'elles sont enfermées toute l'année, et beaucoup d’entre elles ne sont pas suffisamment autonomes pour sortir seules de l’établissement.

Votre film pose la question du sens de cette fin de vie, alors que les résidents souffrent de solitude...

C'est l'un des aspects fondamentaux du film. Sans même prendre en compte le Covid, je voulais poser cette question : quel sens y a-t-il à vieillir avec un écran de télévision comme seule fenêtre ouverte sur le monde ? Je n'ai pas la réponse. Je termine ce documentaire par une séquence où l'on voit une dame jouer au solitaire dans sa chambre, et qui prononce ces mots : "Mon seul projet, c'est d'attendre." En réalité, il s'agit d'un film sur la solitude du grand âge.

Vous mettez également en avant le manque flagrant de moyens...

Il n'y a pas assez de budget pour les kinés, les masseurs, les socio-esthéticiennes, pour tout ce qui relève de la qualité de la vie. Il manque des bras pour promener les résidents, les faire sortir. On les soigne correctement, on prend leur tension, mais même si le personnel fait tout ce qu’il peut pour les accompagner au mieux, les moyens manquent.

Propos recueillis par Raphaël Badache

* L'Ehpad Furtado-Heine, dans le 14e arrondissement de Paris.

 

Dernière modification le lundi, 11 janvier 2021 09:18