« Première année dehors, journal de bord » : document “Infrarouge”, lundi 22 février sur France 2

Mis en ligne par dimanche 21 février 2021 1065
« Première année dehors, journal de bord » : document “Infrarouge”, lundi 22 février sur France 2

A voir sur France 2 lundi 22 février à 22:40 dans la case documentaire “Infrarouge”, le film « Première année dehors, journal de bord » réalisé par Valérie Manns.

Trois hommes sortent de prison, après avoir purgé des peines de 2 à 31 ans. La réalisatrice filme leur trajectoire leur première année dehors, sous la forme d’un journal de bord.

Norbert, Raphaël, Yemine se confient sur les étapes de cette nouvelle vie. Tout en délicatesse, nous observons comment leurs projets se heurtent à une réalité sociale, affective et sanitaire et se transforment au fil de leur expérience du dehors.

Un film qui explore l’empreinte physique et psychique de l’incarcération et les enjeux qui se posent à la sortie de prison. Peut-on réapprendre à être libre ?

Présentation du documentaire

Trois hommes, trois histoires, trois destins. Leur point en commun : ils ont passé une grande partie de leur vie en détention. Raphaël, Norbert et Yemine appréhendent la sortie, bien qu’ils aient des projets, des rêves et un besoin irrépressible de liberté. Ils acceptent de partager leur trajectoire avec la réalisatrice pendant une année, lui confiant leurs impressions dans un journal ou bien des échanges sms.

Pourquoi la première année ? Parce que c'est la plus fragile, la plus difficile, lors de laquelle les risques de récidive sont les plus importants.

Filmer les premiers pas dehors, c'est être témoin de la façon dont la société fait place à ces trois anciens détenus : comment les travailleurs sociaux les soutiennent ; comment la justice à travers les Conseillers Pénitentiaires d'Insertion et de Probation les accompagnent et les contrôlent.

Mais c'est aussi – et surtout - filmer des sensations, des émotions, et la difficulté de se confronter au monde réel. Un monde qui les heurte, qui les met à l'écart, qui parfois les brûle.

Ce film ausculte les traces de l'enfermement, les difficultés à former des liens sociaux, renouer des liens familiaux, se fondre à nouveau dans la société. Peut-on réapprendre à être libre ?

Ce documentaire sera suivi d'un débat animé par Marie Drucker.

Note d'intention de la réalisatrice Valérie Manns

Il y a quelques années, en 2013, j'ai écrit et réalisé pour France 3 un documentaire intitulé « Les enfants perdus » qui relate une histoire de la jeunesse délinquante, de l'Ordonnance de 1945 à aujourd'hui. Ce film, dont le récit est porté par le témoignage de sept anciens mineurs délinquants met en scène le point de vue des anciens mineurs, la façon dont ils ont été pris en charge par l'Institution Judiciaire et le regard que la société porte sur eux.

J'ai eu envie de m’intéresser à « l'autre volet » : ce qui se passe une fois que les détenus sortent de prison. Grâce à une Aide à l'écriture obtenue du Pôle Cinéma de la Région Ile-de-France, pendant six mois, un jour par semaine, entre novembre 2015 et avril 2016, je suis allée à la Maison d'Arrêt de Fleury-Merogis (91), la plus grande cité pénitentiaire d'Europe, pour rencontrer des détenus.

Je leur ai proposé un atelier d'écriture à partir de textes de Georges Perec « Je me souviens » et « Espèces d'espaces ». Certains se sentaient à l’aise avec l’écriture intime, d'autres non. Je leur ai demandé de me décrire, grâce à leurs souvenirs et au pouvoir de leur imagination - créant ainsi un nouvel espace de liberté - différents lieux familiers : les abords de la prison, des paysages, les périphéries, l'entrée dans les villes, le boulevard, le magasin jusqu’à leur chambre à coucher. De ce travail est né un livre qui rassemble certains de leurs textes, des portraits photographiques et un documentaire sonore.

À mon modeste niveau, en allant en Maison d'Arrêt, j'ai fait l'expérience de l'enfermement : plus les semaines passaient, plus je mettais du temps à « sortir » de la détention : entre le premier jour où il m'a seulement fallu quelques heures, et des mois plus tard, plusieurs jours.

Comment passe-t-on d'un état de détention à un état de liberté ? D'un morcellement intérieur à une possible reconstruction ? Comment sortir de l'errance, de l'impossibilité de refaire surface, de l'invisibilité ? Quels enjeux de réinsertion, de réhabilitation, de survie tout simplement ?

Pour donner une réalité au processus qui lie l'enfermement à la liberté, j’ai souhaité filmer ces anciens détenus la première année qui suit leur sortie, celle où ils sont confrontés au monde réel, où ils redécouvrent la société, la « vie moderne ». Une année de sortie réputée la plus fragile, où ils sont les plus susceptibles de tomber en récidive.

Ce film est le résultat de rencontres avec des détenus incarcérés dans toute la France. Je leur ai écrit en détention, je leur ai rendu visite au parloir, puis je les ai retrouvés régulièrement pour les filmer, en cherchant à nouer une relation de confiance, et en les aidant à verbaliser leur trajectoire.

J’explore avec ces hommes la liberté et sa privation, ainsi que les traces de l'enfermement. Je relate des expériences humaines sensibles, singulières, qui sont appréhendées dans leur immédiateté, dans leur intimité. Dans leur brutalité aussi.
Ce film raconte la façon dont 3 hommes tentent de conjurer une impasse humaine, sociale, sécuritaire, mettant en scène les rapports de forces en action entre des hommes « libérés » et la société : entre des désirs, des besoins, des impossibilités, des incompréhensions, des espoirs et des désillusions.

Dans quelle mesure la société est-elle prête à entendre, à accepter, à recevoir et à donner à ceux qui ont vécu des années dans l'ombre ?

Comment prendre soin de ce qui nous dérange et de ce qui nous fait peur ?

Publié dans Documentaires