« Qui ne dit mot ne consent pas » document “Infrarouge” mercredi 8 septembre sur France 2

Mis en ligne par lundi 6 septembre 2021 3330
« Qui ne dit mot ne consent pas » document “Infrarouge” mercredi 8 septembre sur France 2

A découvrir mercredi 8 septembre à 23:00 sur France 2 dans la case documentaire “Infrarouge”, le film « Qui ne dit mot ne consent pas » réalisé par Karine Dusfour.

Au début, ils se croyaient consentants. Puis ils se sont tus. Comment consentir à ce que l’on ne connaît pas lorsque l’on a moins de 15 ans ? L’engrenage du silence et la pression des adultes à une supposée histoire d’amour les enferment alors pour des années.

Quatre filles et deux garçons racontent comment, adolescents, ils n’ont pu échapper au désir sexuel d’un adulte. Comment il leur a fallu des mois, des années ou des décennies, avant de comprendre que leur consentement n’était pas libre et éclairé.

Des années 1970 à aujourd'hui, ce documentaire retrace aussi le consentement d’une société à tolérer les relations sexuelles entre un adulte et un mineur de moins de 15 ans.

La nouvelle loi sur le non-consentement, votée en avril 2021, permettra-t-elle de mieux protéger les adolescents ? À chacun de nous d’apporter une réponse.

Note d'intention de Karine Dusfour, réalisatrice

Il a fallu une année scolaire pour qu’Anouck se rende compte qu’elle ne voulait pas continuer à « sortir » avec son prof. Il a fallu dix ans à Audrey pour sortir de l’emprise de son entraîneur. Il a fallu vingt ans aux garçons du club de natation de Pont-Saint-Pierre pour comprendre qu’ils étaient violés par leur moniteur. Il a fallu cinquante ans à Francesca Gee pour que la société puisse entendre sa version des faits dans l’affaire Matzneff.

Qui dit « oui » ? L’enfant, l’entourage et les proches ou la société tout entière ? À partir de quel âge un mineur peut-il consentir à une relation sexuelle avec un adulte ? Une adolescente peut-elle vivre une histoire d’amour avec un adulte ? Est-ce un viol ? Un mineur a-t-il le pouvoir de dire non à un adulte ?

J’ai exploré dans mes précédents documentaires le traitement judiciaire du viol (Viol, double peine, 2012), la prescription et l’amnésie traumatique (Viols sur mineurs : mon combat contre l’oubli, 2017, avec Flavie Flament), la difficulté des enfants à révéler les violences (Bouche cousue, 2020).

Lorsque Vanessa Springora a publié son livre, Le consentement, en janvier 2020, j’ai souhaité poursuivre la réflexion sur cette notion juridique, intime et sociétale qui met en jeu les relations sexuelles entre adolescents et adultes.

« Comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? Quand, en l’occurrence, on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter ? Je me suis sentie piégée pendant très longtemps par mon propre consentement. » Vanessa Springora, Le consentement (2020).

Deux consentements imbriqués

Anouck, Francesca, Audrey, Nicolas et Maya ont vécu des histoires d’amour avec un adulte alors qu’ils avaient 11, 12 ou 14 ans. « Ce n’est pas mon attirance à moi qu’il fallait interroger, mais la sienne », écrit Vanessa Springora.

Le documentaire met au jour les mécanismes du consentement qui se nourrissent l’un l’autre pour aboutir au silence :

  • Les adolescents s’imaginent consentir, sous la pression de l’adulte.
  • La société et l’entourage consentent à cette relation, en ne voulant pas la voir.

L’un ne peut exister sans l’autre. Les deux consentements s’emboîtent pour sceller le silence, l’inaction, la non-protection des mineurs.

Seul le temps permet de révéler que l’histoire d’amour était en fait une histoire de violence. De manipulation. De prédation psychique, physique et sexuelle.

L’enjeu dramatique et narratif du documentaire accompagne ce dévoilement d’un consentement supposé jusqu’à la révélation du non-consentement.

Une voix intérieure

« Ce n’est pas ce à quoi on nous oblige qui nous détruit, mais ce à quoi nous consentons qui nous ébrèche », écrit Lola Lafon dans son dernier livre, Chavirer. Elle y ausculte les « hontes d’adolescentes, comme un tourbillon qui, peu à peu, nous creuse et nous vide ».

Qui consent et à quoi ? Quand on a 13 ans, « consentir » ne veut rien dire si l’on ne sait pas à quoi l’on consent. On peut même dire « oui » si l’on ne comprend pas à quoi on dit « oui ». On ne peut pas désirer une relation sexuelle si on ne connaît pas la sexualité. Consentir, ce n’est pas désirer. Céder n’est pas consentir.

À travers ces cinq histoires, les protagonistes aujourd’hui adultes explorent toutes les interrogations qu’ils ont traversé au fil de leur vie :

« Je n’ai pas dit non », le désir adolescent et l’envie d’être aimé ; le besoin de reconnaissance, de se sentir choisi, élu, spécial ; l’ascendant et l’autorité dus à la différence d’âge, l’isolement, l’initiation à la sexualité et l’hyper-sexualisation précoce, le consentement de l’entourage, l’inversion de culpabilité, le déni, l’impossible dénonciation, le piège du consentement.

Changement de regard

Vanessa Springora parle d’une « révolution au sens étymologique, avec un virage à 180 degrés pour rentrer dans un autre monde ». Comme si la société était aujourd’hui enfin prête à écouter le labyrinthe intérieur des enfants, à se l’imaginer et à essayer de prendre en compte leurs droits. C’est cette version que nous voulons raconter. Une voix intérieure, au plus près de ce que l’adolescent ressent, de ce qu’il pressent, de ce qu’il ne comprend pas et subit.
L’enjeu dramatique et narratif du documentaire part d’un consentement supposé pour aboutir à la révélation du non-consentement.

Pour chacune des cinq histoires, le documentaire donne aussi la parole à l’entourage : famille ou avocat… Le point de vue de ces personnes ayant aussi vécu l’histoire, mais d’un point de vue décalé, porte la réflexion sur le consentement de la société. Ils sont le contrepoint au récit des victimes. Ils sont les témoins pour raconter l’aveuglement, la cécité de notre société.

Ce documentaire sera suivi d'un débat animé par Marie Drucker avec Adrien Taquet, secrétaire d'État en charge de l'enfance et des familles, et Me Marie Grimaud, avocate pénaliste spécialiste des violences faites aux mineurs, avocate de l'association Innocence en danger.

Publié dans Documentaires
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