« Big Pharma », enquête sur les labos tout-puissants, mardi 26 octobre sur ARTE (vidéo)

Mis en ligne par dimanche 24 octobre 2021 6560
« Big Pharma », enquête sur les labos tout-puissants, mardi 26 octobre sur ARTE (vidéo)

Plus riches et plus puissantes que jamais, les firmes pharmaceutiques orientent la recherche et le remboursement des soins. Mardi 26 octobre à 20:55, ARTE propose une enquête sur une industrie hors de contrôle, dont les intérêts ne coïncident pas toujours avec les impératifs de santé publique.

On les surnomme les "Big Pharma" : à eux seuls, les suisses Novartis et Roche, les américains Pfizer et Johnson & Johnson, et le français Sanofi contrôlent la majeure partie de la fabrication de médicaments. Pour conserver leur monopole, ces grands laboratoires minimiseraient, voire occulteraient, certains effets indésirables causés par leurs produits.

En Europe, la Dépakine, un antiépileptique responsable de malformations congénitales et de troubles neurodéveloppementaux chez des enfants exposés in utero, est au cœur d’un retentissant scandale. Soupçonné d’avoir tardé à alerter les autorités sanitaires et les consommateurs sur ces risques pourtant connus, Sanofi a été mis en examen pour "tromperie aggravée", "blessures involontaires" et "homicides involontaires".

Aux États-Unis, où la crise des opioïdes fait des ravages (plus de cent morts par jour), les multinationales pharmaceutiques sont accusées d’avoir encouragé la prescription massive de ces antidouleurs en dissimulant leur caractère hautement addictif. En 2019, Johnson & Johnson a ainsi été condamné à payer 572 millions de dollars à l’État d’Oklahoma pour avoir mis en danger la vie de ses citoyens.

Alors que l’industrie pharmaceutique bénéficie largement des innovations de la recherche publique, les prix des médicaments atteignent des sommets : facturé 84 000 dollars aux États-Unis, où la tarification n’est pas encadrée, le traitement contre l’hépatite C coûte 24 000 euros en France, quand la nouvelle thérapie génique contre la leucémie commercialisée par Novartis avoisine les 300 000 euros. Entre intense lobbying et ententes illicites, les laboratoires déploient d’efficaces stratégies pour préserver leurs exclusivités, à l’instar du même Novartis, qui est parvenu à imposer sur le marché un médicament contre la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge) quarante fois plus coûteux que son concurrent.

Course au profit

À l’heure où la lutte contre le Covid-19 alimente les mastodontes pharmaceutiques, Luc Hermann (Starbucks sans filtre) et Claire Lasko éclairent le nouveau paradigme à l’œuvre dans le secteur, entre concentration, financiarisation et course effrénée aux profits.

À l’aide d’exemples documentés et de nombreux témoignages (de médecins, patients, journalistes, victimes et avocats, ainsi que d’un représentant de Sanofi et de l’ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine), leur enquête met en lumière la puissance démesurée des Big Pharma – "comparable à celle d’un État", selon le professeur François Chast –, les menaces qu’ils font peser sur les systèmes de santé publique, mais aussi les élans de résistance qu’ils suscitent, entre multiplication des procédures judiciaires et constitution de collectifs de médecins luttant contre la corruption dans le domaine de la santé.

Péril sur la santé

Entretien avec Claire Lasko et Luc Hermann

Sous quel angle avez-vous abordé ce documentaire ?
Bien qu'il soit difficile de mener un travail d'investigation sur l'industrie pharmaceutique, nous avons enquêté pendant un an sur la financiarisation de l'écosystème du médicament. Notre objectif était de montrer que certains laboratoires, semblables à de véritables multinationales, sont désormais plus puissants que les États.

Comment est-ce possible ?
Ceux que l'on nomme communément les "Big Pharma", tels que les laboratoires suisses Novartis et Roche, les américains Pfizer et Johnson & Johnson, et le français Sanofi, sont devenus ces dernières années des machines financières extrêmement puissantes qui cherchent, dans une concurrence effrénée, à rentabiliser le plus rapidement possible leurs médicaments. Grâce à leur intense lobbying, ils orientent les financements de la recherche et les remboursements publics vers leurs traitements, qui sont les plus coûteux, mettant ainsi en péril le système solidaire de santé publique. La course au vaccin contre le Covid-19 représente un nouvel exemple de leur cynisme incroyable pour s'octroyer le monopole de la recherche sur certaines maladies.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans cette enquête ?
Si nous avons pu, par exemple, interroger des médecins, des professeurs, des économistes de la santé, des patients et des avocats de victimes de certains médicaments, nous avons en revanche déploré les refus d'interviews de presque tous les grands laboratoires. Ces derniers ont, pour la plupart, longtemps caché ou minimisé les effets secondaires graves ou les effets addictifs de certains de leurs traitements dans un pur but mercantiliste. C'est le cas de Sanofi, seul laboratoire à avoir accepté de nous répondre. Un de leurs médicaments contre l'épilepsie, la Dépakine, a entraîné des malformations du fœtus chez les femmes enceintes. Le laboratoire vient d'ailleurs d'être mis en examen pour "homicides involontaires".

Cela signifie-t-il que des solutions existent pour contrer la toute-puissance de ces laboratoires ?
La justice prend du temps. Il faut absolument que les États et leurs agences du médicament renforcent les contrôles sur les laboratoires et les sanctionnent lourdement dès le début d'une suspicion d'information cachée. Dans les pays qui en ont les moyens, la recherche publique doit être mieux financée et les médecins, mieux rémunérés pour empêcher tout conflit d'intérêts.

Propos recueillis par Laure Naimski.

Dernière modification le dimanche, 24 octobre 2021 11:18
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