Avec mes deux frères, nous allons déposer la voiture de mon père à sa dernière demeure. Nous profitons de ce voyage pour évoquer la relation à notre père, sa relation à nous, comment il concevait la paternité et quels pères nous sommes devenus.
En parallèle de ce voyage, j’interroge chacun de mes trois enfants, devenus adultes, sur la paternité. Le film tisse une réflexion joyeuse sur la place du père, à travers les images des trois générations.
Note d’intention de Renaud Cohen
Toutes les familles sont différentes et elles se ressemblent toutes. La question de la paternité est universelle. Le bon père de famille, perçu comme une figure d’autorité, un protecteur, un modèle à suivre, est à juste titre remis en cause aujourd’hui. Il est devenu pour beaucoup un obstacle, une source de conflit intérieur.
En m’interrogeant sur la notion de paternité, je questionne en réalité la famille, qu’est-ce qui fait famille aujourd’hui ? Peut-être qu’il s’agit d’approfondir ces notions-là, d’avoir conscience de ces enjeux, de les réinventer. Déconstruire le mythe du bon père de famille, le père autoritaire, violent, dont cette notion est chargée. Contrairement au lien avec la mère qui est une évidence sur le plan biologique – mais qui de ce fait recèle d’autres complexités –, la place du père est entièrement fictive, elle est à construire. Un vrai boulot. Assez mal payé. C’est peut-être à cause de ce manque et de ce doute, que le patriarcat s’est construit sur l’idée d’une paternité autoritaire. Pour compenser ses faiblesses.
Mon film propose de décrire, définir, tourner autour d’une relation d’un père à ses enfants. Sur trois générations. De celle qui me rattache à mon père, de la paternité du point de vue de mes frères, mais aussi de la relation qui nous unit à nos propres enfants. Des paternités tantôt bienveillantes, tantôt chancelantes… et toujours soucieuses et anxieuses de la mort qui vient souvent les hanter. Et avec des images, pour les relier.

































