Anatomie d’un instant réussit le tour de force d’adapter en quatre épisodes aussi denses que captivants le foisonnant essai de l’écrivain Javier Cercas, plongée à multiples entrées dans l’histoire du XXe siècle espagnol.
Mis en scène par Alberto Rodríguez, réalisateur réputé pour ses polars (La isla mínima, Los Tigres…), le moment complexe de la renaissance démocratique de l’Espagne après la mort de Franco prend des allures de thriller.
Pour en exposer les enjeux, l’intrigue suit les trajectoires de trois personnages clés, dont chaque épisode retrace l’itinéraire politique et moral jusqu’à ce fameux "instant", la tentative de coup d’État du 23 février 1981. Si ces trois hommes, venus d’horizons très différents, se rejoignent sur le banc de ceux qui résistent au retour du fascisme, la série n’en fait pas pour autant des héros. Interprétés par des comédiens subtils – notamment un Álvaro Morte (La casa de papel) méconnaissable, qui compose un passionnant Adolfo Suárez – ils donnent chair à une époque où, dans les bureaux enfumés de la caste dirigeante, le combat contre les forces réactionnaires a moins été affaire d’idéaux que d’habileté politique. Une manière de rappeler que la démocratie n’est pas un acquis, mais un processus qui ne tient parfois qu’à un fil.
20:55 • Épisode 1
Un événement, une image : à Madrid, le 23 février 1981, la télévision espagnole enregistre le déroulement d’une séance parlementaire dédiée à l’investiture du nouveau Premier ministre. Soudain, un groupe d’hommes en armes fait irruption dans la salle, et des coups de feu sont tirés. C’est un coup d’État. Tandis que les députés cherchent à se protéger, trois hommes refusent de se coucher : Adolfo Suárez, le Premier ministre sortant, nommé cinq ans plus tôt par le roi Juan Carlos pour mener à bien la transition démocratique ; son fidèle bras droit, le général Gutiérrez Mellado ; et Santiago Carrillo, dirigeant du Parti communiste. Qui sont ces trois hommes, et comment une faction d’officiers nostalgiques du franquisme en est venue à menacer ainsi la jeune démocratie ?
21:40 • Épisode 2
23 février 1981. L'un des trois hommes qui refusent de se coucher lorsque les coups de feu retentissent au Parlement de Madrid est le dirigeant communiste Santiago Carrillo, abhorré par les franquistes depuis la guerre civile, durant laquelle il aurait ordonné l’exécution de soldats nationalistes. En 1977, Adolfo Suárez a accepté de le rencontrer en secret, au risque de s’attirer la haine du clan militaire. Après la mort de Franco, Carrillo, toujours indésirable, était revenu d’un exil de quarante ans en France au péril de sa vie, avec un seul objectif : obtenir la légalisation de son parti. Mais le prix à payer pour y parvenir fait de lui un traître aux yeux de ses partisans…
22:35 • Épisode 3
Afin d’asseoir l’autorité du nouveau gouvernement, Adolfo Suárez veut s’assurer l’obéissance de l’armée. Il confie la mission de réformer celle-ci à un militaire : le général Manuel Gutiérrez Mellado, franquiste de la première heure, aujourd’hui prêt à engager le pays sur la voie démocratique. Malgré ses doutes sur l’alliance que Suárez est en train de nouer avec le Parti communiste, Mellado devient son plus proche conseiller, ce qui lui vaut la haine du clan militaire, mené par le virulent général Milans del Bosch. En 1978, un projet de putsch conduit par le lieutenant-colonel Antonio Tejero est déjoué. La colère gronde dans les rangs de l’armée, ciblée par une vague d’attentats d’Euskadi ta Askatasuna (ETA) et de groupes d’extrême gauche…
23:20 • Épisode 4
Dénoncé par le roi Juan Carlos, le coup d'État échoue quelques heures seulement après l’irruption des conjurés dans le Parlement. Suárez, Mellado et Carrillo ont été mis à l’abri, et tous les députés sortent du bâtiment, libres. Le procès des putschistes – les officiers Alfonso Armada, Milans del Bosch et Antonio Tejero – se déroule entre février et juin 1982. Au tribunal se dévoile ce qui les a rassemblés derrière l’objectif de faire tomber le nouveau régime, malgré leurs ambitions distinctes : un enchevêtrement de conservatisme idéologique et de haines personnelles.

































