« Le drôle de drame de Marcel Carné », lundi 5 juillet sur ARTE (vidéo)

Mis en ligne par samedi 3 juillet 2021 924
« Le drôle de drame de Marcel Carné », lundi 5 juillet sur ARTE (vidéo)

Figure majeure du réalisme poétique, Marcel Carné nous a légué des chefs-d’œuvre (Les enfants du paradis, Hôtel du Nord…), mais fut longtemps déprécié par la critique et les cinéphiles. Le passionnant portrait documentaire d’un mal-aimé à découvrir lundi 5 juillet à 22:30 sur ARTE.

Né en 1906 à Paris, dans le quartier populaire des Batignolles, Marcel Carné perd sa mère à 5 ans, devient le témoin privilégié de l’existence dissolue de son père, avant de trouver refuge auprès de sa grand-mère.

Armé de son appareil photo, l’adolescent bat le pavé de la Ville lumière et se passionne pour le cinéma. En 1928, Jacques Feyder, qui tourne Les nouveaux messieurs, le prend sous son aile, avant de filer à Hollywood. Privé de son mentor, le jeune homme se fait critique, mais, poursuivi par l’impression désagréable de "vivre du travail des autres", s’en va bientôt filmer la légèreté d’un après-midi sur les bords de Marne dans son documentaire Nogent, eldorado du dimanche.

Revenu un temps dans le giron d’un Feyder de nouveau français, Marcel Carné s’émancipe en 1936 en signant Jenny, mélodrame qui marque la naissance de son tandem avec Jacques Prévert. Drôle de drame, Le quai des brumes, Le jour se lève… : les mots du poète frondeur ("T’as d’beaux yeux, tu sais") et la virtuosité du metteur en scène, influencé par l’expressionnisme, s’unissent pour forger une révolution sociale et esthétique : le réalisme poétique.

Dans la France du Front populaire, les petites gens, magnifiés par la gouaille d’un Gabin ou d’une Arletty, sont les héros de grands films. Quand la guerre éclate, Carné signe avec la Continental, créée par Goebbels, avant de se raviser – ce qui lui vaudra un blâme, vécu comme une injustice, à la Libération. En zone libre, le cinéaste reforme son duo avec Prévert pour Les visiteurs du soir et, surtout, Les enfants du paradis. Sorti en 1945, ce chef-d’œuvre de tous les superlatifs symbolise la renaissance du cinéma français, en même temps qu’il amorce le cruel déclin de son réalisateur.

Procès en légitimité

Après le tournage des Portes de la nuit, Marcel Carné traîne une réputation de cinéaste mégalomane et tyrannique. Si Thérèse Raquin et Les tricheurs – tous deux avec son ami intime Roland Lesaffre au casting – le relancent, le réalisateur devient la cible des jeunes loups de la Nouvelle Vague, qui le condamnent aux oubliettes...

Parcourant la vie et la carrière de Marcel Carné, au fil d’extraits de films et d’archives (dont de touchantes interviews de l’intéressé), François Aymé tisse le passionnant portrait d’un hypersensible, qui dut composer avec son homosexualité, et qui, malgré son brio, fut longtemps relégué dans l’ombre de ses acteurs et de Prévert, à qui l’on attribua le crédit de leurs plus beaux succès.

Publié dans Documentaires
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