“La case du siècle” : « Une histoire d’amour sous l’occupation italienne », dimanche 26 septembre sur France 5

Mis en ligne par vendredi 24 septembre 2021 1226
“La case du siècle” : « Une histoire d’amour sous l’occupation italienne », dimanche 26 septembre sur France 5

A découvrir dimanche 26 septembre à 22:40 sur France 5 dans “La case du siècle”, le documentaire « Une histoire d’amour sous l’occupation italienne » réalisé par Audrey Gordon.

C’est une partie de notre histoire, française et européenne, encore très méconnue. Dans les manuels scolaires, elle est réduite à quelques taches de couleur sur la carte des zones d’occupation.

De juin 1940 à septembre 1943, l’armée italienne occupe une dizaine de communes françaises du sud-est de la France, puis huit départements à partir de novembre 1942. Les juifs d’Europe centrale affluent alors dans la zone italienne, où ils se sentent plus en sécurité. À l’abri des Allemands et de Vichy, c’est un refuge.

Au printemps suivant, près d’un millier d’entre eux s’installent à Saint-Martin-Vésubie, dans les Alpes-Maritimes, où ils sont assignés à résidence par les autorités italiennes. Soudain, dans ce village de montagne, on parle russe, roumain, polonais ou yiddish. Les jeunes Saint-Martinois se mêlent aux jeunes juifs. On danse dans les granges après le couvre-feu, on flirte, on se baigne dans les lacs, on cueille des fruits et des champignons, on fait du théâtre ou de la boxe. Et l’on tombe amoureux.

Le temps d’un été, Saint-Martin devient un havre de paix inimaginable dans une Europe qui se déchire. Jusqu’à ce que l’armistice soit signée par l’Italie, en septembre 1943… Face à l’arrivée des Allemands, les soldats italiens fuient à travers les montagnes. Des juifs partent avec eux. Une longue et épique traversée semée d’embûches commence. Entre 350 et 650 hommes, femmes, enfants et vieillards traversent les cols, dans le froid, en espérant eux aussi gagner l’Italie. Mais la plupart d’entre eux tomberont dans la gueule du loup de l'autre côté de la frontière et seront déportés…

Nous racontons cette grande histoire à travers une histoire intime : la passion amoureuse entre Rima Dridso Levin, juive russe, et Federico Strobino, officier italien catholique.

Note d’intention de l’auteure-réalisatrice Audrey Gordon

« La mia bisnonna è di Lombardia » (« Mon arrière-grand-mère vient de Lombardie »). C’est la première phrase que j’ai apprise en italien, enfant.

Mais c’est totalement faux. C’est une légende familiale.

Pendant la guerre, mes grands-parents étaient réfugiés en zone italienne, dans un petit village des Alpes. Un jour, Simon Gordon, juif et résistant, est dans un train, recherché par les Allemands. Le train entre en gare d’Aix-les-Bains. Sur le quai, des dizaines de soldats allemands.

Le regard de mon grand-père croise alors celui d’un officier italien. Sans un mot, celui-ci attrape deux soldats italiens qui saisissent Simon et lui font traverser la gare sous le nez des Allemands, en le faisant passer pour leur prisonnier. Une fois à l’extérieur, l’officier libère mon grand-père dont il vient de sauver la vie et lui murmure « Maintenant, cours ! » Il a juste le temps de lui donner son nom : Mario Rubbini. Après la guerre, Simon le retrouvera, ils deviendront de grands amis et feront des affaires ensemble toute leur vie entre la France et l’Italie.

Ainsi notre lien à l’Italie a quelque chose de viscéral. Ne sachant comment leur rendre hommage, la légende des racines familiales italiennes s’est imposée. Voilà pourquoi, chaque fois que je me rendais en Italie, je me présentais à chaque Italien rencontré en balbutiant « La mia bisnonna è di Lombardia ». C’est tout ce que je savais dire.

Depuis, j’ai appris l’italien, étudié l’histoire, surtout celle de cette période, et je marche souvent l’été dans les montagnes, exactement là où mes grands-parents ont passé une partie de la guerre, là où eux-mêmes ont appris cette langue en achetant jambon et parmesan au marché noir.

Cette « zone italienne » de mon identité constitue en quelque sorte la part manquante ou invisible de cette identité, puisqu’elle n’apparaît nulle part : pas un semblant de nationalité italienne ni même une trace matérielle de cette histoire. Et pourtant je me sens profondément enracinée (moi qui ne le suis jamais) à la frontière franco-italienne, un pied de chaque côté de la montagne, la tête en France, le cœur en Italie. C’est ce vide, cette part manquante de mon identité que j’ai voulu aller explorer dans ce film.

C’est aussi une partie de notre Histoire, française et européenne, encore très méconnue.

J’ai choisi de la raconter à travers une histoire d'amour entre une juive russe et un officier italien. Il s’appelle Federico Strobino. Elle s’appelle Rima Dridso.

Lui, incarne l’armée d’occupation italienne, sa fougue, sa lucidité, son orgueil, son humanisme. Elle, incarne la population juive réfugiée, ballottée, son incertitude, sa condition fragile, ses espoirs de liberté. Ces deux droites parallèles vont converger, le temps d’une guerre. Ce documentaire entremêle l’histoire intime à la grande histoire.

Le film commence avec les Mémoires de Federico Strobino, adressées à son fils Mario. Son récit nous entraîne dans le passé et nous guide tout au long du film. Nous suivons les destins de nos personnages, de l’occupation italienne jusqu’à la libération : les péripéties des deux amoureux, chacun de leur côté d’abord, elle à Nice, lui dans les Alpes, puis l’évolution de la guerre, leur rencontre, leur idylle dans le village de Saint-Martin-Vésubie où les juifs étaient assignés à résidence, la fuite, la grande traversée dans les montagnes, l’enfant, la séparation...

Pour raconter cette histoire, Mario Stobino, fils de Federico, m’a donné accès aux archives de sa famille : les Mémoires, les lettres d’amour et de nombreuses photographies.

Dans un album où est inscrit au feutre rouge « 1941-1943 » se trouvent de nombreuses photos de Rima et de Federico. On y voit la jeune Rima, ses parents, le chalet de Saint-Martin-Vésubie, sa mère jardinant, son père coupant de bois. Mais aussi Rima posant avec son éternel sourire, toujours plus belle et plus élégante. On y découvre Federico avec les chasseurs-alpins, posant en fier alpiniste. Dans l’album suivant, se trouve une série de photos de Mario bébé entouré de ses jeunes parents.

Le film repose en majeure partie sur ces photos personnelles et les archives de l’armée italienne.

Le décor du village de Saint-Martin-Vésubie, cette bulle de bonheur hors du temps dans un pays en guerre, cadre de la romance de nos personnages, est reconstitué grâce à des maquettes en papier créées par Linda Kelvink. Cette animation vise à faire revivre ce lieu dans la dimension « magique » qu’il revêtait alors aux yeux de ses habitants.

La musique originale du film est composée par Éric Slabiak, musicien du groupe Les Yeux Noirs, qui a accompagné le projet dès le début, depuis la découverte des premières photos.

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