« Hypermarchés, la chute de l'empire » mardi 12 octobre sur ARTE (vidéo)

Mis en ligne par dimanche 10 octobre 2021 2370
« Hypermarchés, la chute de l'empire » mardi 12 octobre sur ARTE (vidéo)

Menacés par les géants du numérique et de nouveaux usages, les acteurs historiques de la grande distribution luttent sans merci pour assurer la pérennité de leur modèle. Une enquête fouillée, menée par le journaliste d'investigation Rémi Delescluse diffusée sur ARTE mardi 12 octobre à 20:50.

Le modèle de l'hypermarché a-t-il fait son temps ? Ce concept révolutionnaire du "tout sous le même toit", popularisé en 1963 par Carrefour, a conquis le monde entier. Aujourd'hui pourtant, le pionnier français, comme ses concurrents, a un genou à terre. En cause notamment, la crise du gigantisme, associé à une déshumanisation du commerce et à la surconsommation, pointée du doigt à l'heure des grands défis écologiques. Selon les experts, la toute-puissance de certains groupes serait menacée d'ici dix ans.

Désormais, tout le secteur cherche à sauver ce qui peut l'être, quitte à verser dans des pratiques à la limite de la légalité. Pour obtenir des prix toujours plus bas, sans lesquels elles seraient désertées, les grandes enseignes mettent les fournisseurs sous pression au cours de renégociations annuelles réputées difficiles : entretiens dans des box minuscules à la température trafiquée, chaises bancales sabotées pour l'inconfort, discriminations sexistes, violence verbale... Comme le formule le directeur d'un grand groupe, dont les propos sont rapportés dans le documentaire, "ce qui est important, c'est de briser les jambes des fournisseurs. Une fois au sol, on commence à négocier". Sans compter les contrats qui gardent captifs les franchisés ou les nouvelles alliances européennes de centrales d'achats, particulièrement opaques, qui facturent aux fournisseurs des services qualifiés par certains de "fictifs".

La loi du plus fort

La peur de disparaître pousse les grandes enseignes à toujours plus d’agressivité. Dans leur ligne de mire, les plates-formes d'e-commerce, qui pourraient bientôt précipiter leur ruine. Trois ans à peine après avoir racheté pour 13 milliards de dollars Whole Foods, Amazon a déjà lancé sa propre enseigne, Amazon Fresh : des magasins dans lesquels les Caddies connectés améliorent l'expérience de clients fidélisés par abonnement et dont les moindres données sont collectées.

Plongeant au cœur des sombres pratiques de la grande distribution, le documentaire de Rémi Delescluse propose un état des lieux mondial du secteur, soumis à la loi du plus fort, et s’interroge sur son futur. Certains prédisent la domination prochaine des nouveaux venus, de l’approvisionnement à la distribution, comme c’est le cas en Chine. En France, Amazon détient déjà 10 % du marché des produits de grande consommation…

Entretien avec le journaliste Rémi Delescluse, qui lève le voile sur le déclin de la grande distribution et ses méthodes de négociation brutales, parfois illégales, avec les fournisseurs de produits alimentaires.

Pourquoi le modèle des hypermarchés est-il en crise ?
Rémi Delescluse : La société change, la profusion de l'offre excite moins le consommateur, qui privilégie des surfaces plus petites, en centre-ville. Il y a aussi l'émergence des enseignes spécialisées, par exemple dans le bio, et bien sûr la grande révolution provoquée par les acteurs du e-commerce, comme Amazon. Ils ont commencé par attaquer la grande distribution sur le non-alimentaire (textile, maroquinerie, électroménager), secteur que cette dernière a dû peu à peu délaisser. Or ces produits à forte rentabilité finançaient les rayons moins lucratifs, comme l'alimentation.

Cette évolution débouche aujourd'hui sur une "guerre des prix" autour des produits alimentaires...
En France, elle a débuté en 2014. En matière alimentaire, les hypermarchés vendent globalement tous la même chose. Pour attirer le consommateur, il leur faut donc se différencier sur le prix, ce qui implique toujours plus de promotions. Cette baisse des prix se répercute sur les négociations commerciales annuelles entre la grande distribution et ses fournisseurs, à savoir les entreprises de l'agroalimentaire.

De quelle façon ?
Les hypermarchés ont confié leurs intérêts à des centrales d'achats pour ces négociations, qui, d'après les fournisseurs, se révèlent souvent plus "viriles", à la baisse pour eux, et parfois illégales. Les acteurs de la grande distribution sont d'ailleurs régulièrement épinglés par les services de l'État pour des pratiques commerciales abusives.

Face au climat de terreur instauré par la grande distribution, pourquoi les fournisseurs ne claquent-ils pas la porte ?
Ils n'ont pas vraiment le choix. La grande distribution se concentre autour de sept ou huit acteurs dominants, indispensables pour les entreprises de l'agroalimentaire. En état de dépendance économique, celles-ci reviennent chaque année à la table des négociations. Par ailleurs, si un fournisseur étale sur la place publique ses difficultés avec la grande distribution, il risque d'être sévèrement sanctionné, de disparaître des rayons des hypermarchés et de perdre une part importante de son chiffre d'affaires.

Comment la grande distribution justifie-t-elle ce modèle ?
Par ce postulat : le consommateur veut des prix bas. Elle explique défendre le pouvoir d'achat des Français en leur offrant la possibilité de se nourrir pour pas cher dans un contexte de crise. Mais cette guerre des prix a évidemment des conséquences sur toute la chaîne de production, sur les fournisseurs, sur l'emploi… Nous sommes face à un engrenage : un secteur de la grande distribution très concurrentiel qui traverse une zone de turbulences, des fournisseurs soumis à des impératifs économiques et des consommateurs qui se déplacent dans les hypermarchés parce que des prospectus leur promettent des promotions.

Propos recueillis par Raphaël Badache.

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