Le 7 octobre 2023, après le massacre perpétré par le Hamas, Gaza bascule dans le chaos. Pilonnée en représailles par les bombardements israéliens, l’enclave palestinienne, dont l’accès est aussitôt fermé aux médias par Israël, sombre dans une guerre impitoyable, dont seuls les journalistes palestiniens vivant sur place vont témoigner de l'horreur.
Parmi eux, ceux de l’AFP (Agence France-Presse), l’une des trois grandes agences mondiales. Jour après jour, coupés du monde, ses reporters en gilet pare-balles "couvrent" l’enfer. Dans le fracas des explosions, ils filment les immeubles qui s’effondrent, les hommes et les femmes au regard perdu fuyant la mort, les enfants en sang et en pleurs dans les décombres et les foules affamées de l’exode ; ils photographient les alignements de linceuls blancs et les parents dévastés, comme ce père brisé, son petit garçon exsangue dans les bras, que l'armée israélienne prétendra être une poupée – le Washington Post et le New York Times appelleront le photographe pour vérifier ; ils interrogent sans fin les victimes, quand eux-mêmes perdent plusieurs de leurs proches.
En mission, ils documentent une terreur fallacieusement remise en question sur les réseaux sociaux, parfois par les médias étrangers, et leurs reportages ne sont pas toujours publiés. Israël les accuse de collusion avec le Hamas. Mais à Gaza, à l'inverse, certains habitants les soupçonnent d’espionnage.
Piégés, ces journalistes deviennent des cibles, acteurs malgré eux de la tragédie qu’ils chroniquent. Quand l’AFP décide d’évacuer son équipe en 2024, ils quittent l’enclave, dévorés par la culpabilité d’abandonner derrière eux ceux qui restent et rongés par le stress post-traumatique.


































