"Pour qui vous prenez-vous ?" Lorsque le 5 octobre 2023, Vladimir Poutine se lance dans une énième diatribe contre l’Occident et “sa mentalité coloniale”, il annonce une nouvelle ère que détaille dans ce documentaire l’une de ses éminences grises, Sergueï Karaganov : “Nous construisons la grande Eurasie, qui sera le nouveau centre du monde.” L’architecte de la politique internationale du Kremlin n’a pas de mots assez forts pour attaquer les pays européens, des “fous” qu’il faut “écraser”.
En deux parties, les réalisateurs Hugo Van Offel et Martin Boudot s’emploient à dévoiler la réalité correspondant à ces paroles brutales. À Kyiv, Moscou, Nice, Londres, Vilnius, Hongkong, Prague ou encore Bruxelles, ils remontent les filières d’armement russe, mettent en lumière les circuits de blanchiment d’argent, décryptent les nouveaux jeux d’alliances d’un monde en reconfiguration accélérée.
Pour y parvenir, ce précieux travail d’investigation, riche en données chiffrées et en images du front ukrainien, se construit autour d’un impressionnant panel d’intervenants, dont certains s’expriment pour la première fois : trafiquant d’armes, journalistes d’investigation et militaires russes en exil, enquêteurs internationaux, oligarques proches du Kremlin ou ayant rompu avec lui, conseillers de Poutine et de Trump, députés européens… Que les ambitions du régime russe menacent directement l’Europe s’avère moins douteux que jamais.
21:00 • Partie 1
Alors qu'une quatrième année de guerre s'achève, Kyiv vit au rythme des frappes russes, dont la cadence reste dix fois supérieure à celles des Ukrainiens. D’où vient cet arsenal ?
Au cœur de la Moldavie, en Transnistrie, le plus grand dépôt de munitions d’Europe, héritage de l’Armée rouge, est déjà de nature à inquiéter. Mais Vladimir Poutine met surtout en avant les armes russes de dernière génération, “des missiles hypersoniques” capables de toucher le sol européen en quelques minutes.
Depuis 2008, le Kremlin aurait ainsi investi 600 milliards d’euros dans l’armement. Si les puissances occidentales multiplient les mesures coercitives, la Russie a su mettre en place différentes stratégies de contournement, s’appuyant sur des filières d’approvisionnement clandestin, des réseaux d’espions et le soutien de pays qui achètent à l’Occident de précieuses technologies militaires pour les transférer à Moscou.
Pour continuer à envoyer des hommes sur le front ukrainien, le régime russe peut aussi compter sur les entreprises d’État comme Gazprom, qui ont lancé leurs propres campagnes de recrutement. Avec la guerre, les oligarques se transforment ainsi en chefs militaires.
21:50 • Partie 2
Drones iraniens, missiles et soldats nord-coréens, technologies chinoises… Face aux sanctions occidentales, la Russie s’appuie sur des alliances renforcées pour continuer à mener sa guerre en Ukraine et préparer la suite. Désormais, les hauts dignitaires russes n’hésitent plus à s’afficher dans les salons de l’armement chinois.
À Moscou, lors de la dernière parade militaire, Vladimir Poutine et Xi Jinping sont apparus plus proches que jamais. Au-delà de l’entraide militaire, ces convergences d’intérêts inquiètent les puissances européennes car elles s’étendent sur plusieurs fronts, de l’économie à l’énergie en passant par les transports. Ce qui se joue, c’est une tentative d'instaurer un nouvel ordre mondial. Les idéologues du Kremlin ne s’en cachent plus : il s’agit de désoccidentaliser le monde, de promouvoir un impérialisme assumé et de fragiliser, si ce n’est détruire, les démocraties.
Dans ce contexte, la coalition occidentale doit composer avec un autre séisme : le retour aux affaires de Donald Trump.


































