Sous-estimé par rapport à la menace djihadiste, le terrorisme d’ultradroite, alimenté par la propagande délétère d’idéologues et de politiciens décomplexés, connaît un inquiétant renouveau en Europe et dans les démocraties occidentales, laissant planer le risque d'attentats de grande ampleur.
De l’Allemagne, qui voit resurgir ses vieux démons, à l’Amérique brutale de Donald Trump en passant par la France ou la Suède, tous ces groupes cherchent à renverser les institutions démocratiques, comme l’a montré, le 6 janvier 2021 aux États-Unis, l’assaut du Capitole, auquel prirent part plusieurs membres d’organisations classées comme terroristes.
Convoquant des experts, des figures de l’ultradroite, des repentis et des proches de victimes, cette enquête glaçante en deux volets met en évidence un phénomène méconnu, explorant la nébuleuse de réseaux transnationaux de plus en plus structurés.
Volet 1
Le djihadisme n’est pas la seule menace terroriste à peser sur la France. Ces dernières années, plusieurs projets d'attentats fomentés par l’ultradroite ont été déjoués sur le territoire. Parmi les personnes arrêtées – citoyens d’apparence ordinaire ou jeunes militants identitaires –, certaines s’étaient radicalisées en réaction aux attentats djihadistes de 2015. Pourtant, la justice française hésite encore à qualifier ces actes de "terroristes" et le phénomène reste peu renseigné. Alors que ces groupuscules aux techniques de milices multiplient les agressions contre des ennemis désignés – juifs, musulmans, immigrés, homosexuels…–, la France commence tout juste à prendre la mesure du défi.
L’Allemagne, elle, y fait face depuis le début des années 2000 et les scandales liés à l’infiltration par des néonazis de la Bundeswehr et de la police. Outre-Rhin, les violences racistes ont augmenté après l’accueil des réfugiés syriens décidé par Angela Merkel en 2015. Alors qu’autour de figures comme Björn Höcke, vice-président de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) ou de l’activiste néonazi Christian Klar, orateurs, idéologues et formations politiques propagent des discours de haine dans le pays, les élus aussi deviennent des cibles.
À la rhétorique du "grand remplacement", théorisée en France par Renaud Camus, répond la "remigration" (la déportation forcée des migrants) martelée notamment en Autriche par le prosélyte Martin Sellner ou Herbert Kickl, président du FPÖ (Parti de la liberté). Ce racisme revendiqué nourrit la radicalisation.
Volet 2
Si le djihadisme a accéléré la constitution, en réponse, de ces groupes armés clandestins, nombre de terroristes d’ultradroite partagent une fascination pour les auteurs de fusillades sanglantes. Timothy McVeigh, ancien "soldat modèle" américain, qui a perpétré l’attentat d’Oklahoma City en 1995 (168 morts), Anders Breivik, le Norvégien néonazi responsable de ceux d’Oslo et d’Utoya en 2011 (77 morts) ou le suprémaciste blanc australien Brenton Tarrant, tueur de la mosquée de Christchurch en Nouvelle-Zélande en 2019 (51 morts), sont héroïsés, voire sanctifiés. Alors que les images de ces meurtres de masse circulent sur des réseaux en ligne, les activistes de la violence armée s'organisent sur Internet. Fondé aux États-Unis, le réseau Terrorgram ambitionne ainsi de précipiter l’Occident dans une guerre raciale.
En Suède, où sévit le Mouvement de résistance nordique, policiers et professionnels de la déradicalisation s’alarment face à des profils de plus en plus jeunes, y compris des enfants de 9 à 12 ans. Les autorités surveillent aussi de près les Active Clubs, ces centres de musculation où s’entraînent des suprémacistes. Créés par l’Américain Robert Rundo et répandus en Europe, ils montrent combien l’ultradroite étend désormais sa toile d'un continent à l’autre.



































