Pourquoi est-ce qu’on n’arrive plus à réduire les pesticides en France ? Beaucoup d'agriculteurs sont confrontés à un problème surprenant : certains pesticides ne fonctionnent plus ! Ils sont envahis par les mauvaises herbes car des plantes sont devenues résistantes. Cela a des conséquences insoupçonnées sur la santé humaine.
Édito d'Hugo Clément, journaliste
J’ai été frappé par la mobilisation citoyenne contre le retour de l’acétamipride dans la loi Duplomb. Il y a une vraie prise de conscience dans la population : tout le monde sait que les pesticides peuvent être nocifs pour la santé des agriculteurs et des habitants des campagnes. Pourtant, les chiffres le prouvent : on n’arrive pas à baisser le stock de pesticides épandus dans les champs chaque année.
J’ai été bouleversé par ma rencontre avec Jean-Claude Gauthier, agriculteur malade à la retraite, qui se rend dans les lycées agricoles pour sensibiliser les générations futures à l’usage des produits phytosanitaires. Je savais que beaucoup de cultivateurs étaient malades, mais j’ignorais qu’une grande partie d’entre eux étaient gênés de demander une indemnisation et de faire reconnaître leur cancer ou leur Parkinson comme “maladie professionnelle”. Ils refusent de parler publiquement, se sentent coupables alors qu’ils sont victimes. C’est un vrai tabou dans le milieu agricole.
J’ai aussi découvert que certains pesticides ne fonctionnent plus du tout. Ils sont devenus totalement inefficaces parce que des mauvaises herbes, des insectes et des champignons sont devenus résistants. Nous avons rencontré des agriculteurs démunis : certains demandent à ce qu’on réautorise des pesticides interdits, ou qu’on en invente de nouveaux mais beaucoup prennent conscience qu’il faut changer de modèle.
Nous avons découvert des innovations surprenantes : un robot qui désherbe mécaniquement grâce à l’intelligence artificielle, des bâches de protection sur les vignes, des micro-guêpes qui débarrassent les vergers des parasites… Et il y a toutes les solutions qui existent depuis la nuit des temps : la rotation des cultures, le retour des haies et de la biodiversité pour réguler les insectes ravageurs. Il n’y a pas que les agriculteurs bio qui cherchent de nouvelles solutions. La plupart des paysans que nous avons suivis sont des agriculteurs conventionnels. ils veulent produire autant, mais en limitant au maximum leurs épandages.
Des séquences exceptionnelles
Des blés sont devenus résistants aux pesticides !

Ce phénomène se développe à une vitesse inquiétante. Certaines mauvaises herbes sont devenues résistantes aux pesticides et les agriculteurs n’arrivent plus à s’en débarrasser. Ils ont beau mettre les doses maximales autorisées, utiliser les molécules les plus puissantes, rien n’y fait. C’est un vrai casse tête pour eux et cela fait chuter leurs rendements.
Des médicaments ne marchent plus ! Et c’est directement lié aux pesticides

A l'hôpital, les médecins n’arrivent plus à soigner certains patients qui souffrent d’un champignon dans les poumons, l’aspergillus. Jusqu’à maintenant, il y avait un médicament efficace pour s’en débarrasser mais aujourd’hui il ne marche plus du tout chez certains patients. Pourquoi ? Parce que la molécule du médicament est à peu près la même que la molécule utilisée dans les pesticides. Le champignon est devenu résistant au pesticide dans les champs et quand il contamine un patient, il est aussi résistant au médicament.
On peut encore acheter du glyphosate sur des sites de petites annonces alors que c’est interdit pour les particuliers

L’herbicide est interdit à la vente aux particuliers depuis 2017 mais on en trouve encore très facilement. Quelques agriculteurs peu scrupuleux n’hésitent pas à revendre leur surplus sur Internet.
Des agriculteurs malades font le tour des lycées agricoles pour alerter les futurs cultivateurs

“Protégez-vous”. C’est le message que transmettent des anciens utilisateurs de pesticides à la retraite aux futurs agriculteurs français. Pour la première fois à la télévision, nous avons suivi une formation de l’association Phyto Victimes dans un lycée agricole près de Tours. Des agriculteurs atteints de maladies liées aux pesticides sensibilisent les jeunes, sans les culpabiliser, sur les précautions à prendre en utilisant ces produits toxiques.
Le maire qui rachète les terres agricoles pour protéger les habitants des pesticides

Dans la plaine d’Aunis, près de la Rochelle, le maire de L’Houmeau a décidé de racheter une partie des terres agricoles de sa commune pour qu’il n’y ait plus de pesticides épandus dessus. Cette décision courageuse lui a valu des menaces et bien des ennuis qui n’ont pas entaché sa détermination.
Nouveauté : le robot qui désherbe sans pesticides grâce à l’intelligence artificielle

De plus en plus d'agriculteurs cherchent des solutions pour se passer des produits chimiques dans leurs champs. Un nouveau robot utilise l’intelligence artificielle pour arracher les mauvaises herbes dans les cultures céréalières. Cette solution mécanique permet aux céréaliers de ne pas épandre de produits phytosanitaires dans leurs champs.
Des combattants
Franck Rinchet-Girollet

En 2018, son fils de deux ans déclare une leucémie. Il est aujourd’hui en rémission mais cette maladie a bouleversé la vie de Franck. Lui qui était chauffeur de bus et n’avait jamais milité auparavant consacre désormais sa vie à comprendre l’impact des pesticides sur les cancers pédiatriques de la Plaine d’Aunis près de La Rochelle.
Laure Marivain

Cette ancienne fleuriste est la première à avoir fait reconnaître le lien entre les pesticides auxquels elle a été exposée pendant sa grossesse et la leucémie de sa fille Emmy, décédée à 11 ans en mars 2022. Laure nous livre un témoignage poignant sur les dangers des pesticides pour les professionnels du secteur et leurs familles.
Jean-Claude Gauthier

Agriculteur à la retraite, Jean-Claude Gauthier a utilisé des pesticides toute sa vie. Aujourd’hui atteint d’un cancer, il se bat pour alerter les générations futures sur les précautions à prendre lors de l’utilisation de produits chimiques. Jean-Claude incite également les agriculteurs malades à faire reconnaître leur maladie professionnelle.


































