Grande traversée des deux siècles et demi d'existence des États-Unis, ce documentaire en deux parties interroge les valeurs et les forces contradictoires à l'œuvre dans la nation américaine, à la lumière de la seconde présidence Trump et autour de quatre fils rouges : l'idéal de liberté, la prééminence de la religion, le rêve américain et l'amour de la patrie.
Nourri des éclairages d'une dizaine d’experts, dont les historiens Volker Depkat et Jasper M. Trautsch, la journaliste d'investigation Nikole Hannah-Jones ou encore la chercheuse Melani McAlister, le film explore aussi le pouvoir de fascination, ou de répulsion, du mythe américain.
21:00 • Partie 1
Le 4 juillet 1776, les États-Unis déclarent leur indépendance et deviennent une nation fondée sur un idéal de liberté. Celui-ci s'incarne notamment à travers la conquête de l'Ouest, considéré comme une terre fertile où la limite entre civilisation et sauvagerie doit être sans cesse repoussée – un concept théorisé par Frederick Jackson Turner au XIXe siècle avec le "mythe de la frontière", régulièrement cité par des personnalités politiques, jusqu'à l'actuel président Donald Trump. Autre pilier de l'identité américaine : le christianisme, et plus particulièrement le puritanisme, la traversée de l'Atlantique étant perçue par les colons comme le nouvel exode du peuple élu.
Ce récit contribue au déni des violences exercées sur les populations indigènes, victimes de génocide. Un deuxième "péché originel" – expression qui sera entre autres utilisée par Joe Biden, reconnaissant la responsabilité de son pays – vient s'y ajouter : l'esclavage, qui débute en 1619 avec l'arrivée du navire White Lion. L’'égalité proclamée dans la Déclaration d'indépendance ne concerne en effet que les hommes blancs – en sont exclus les Afro-Américains, les peuples autochtones et les femmes.
21:50 • Partie 2
Liée au principe de liberté et à la notion de bénédiction divine, la figure du self-made-man contribue à la construction d'un capitalisme à l'américaine : l'État doit garantir les droits fondamentaux, mais ne pas s'immiscer dans l'économie. De leur côté, les individus qui s'enrichissent décident eux-mêmes à qui ils vont reverser leur argent grâce à un système de mécénat leur permettant de payer peu d'impôts.
Avec l'industrialisation fulgurante, le rêve américain est érigé en arme idéologique, mais le krach de 1929 remet en cause tout le système politique : le New Deal de Franklin D. Roosevelt permet enfin l'intervention de l'État, notamment à travers les assurances chômage et vieillesse. Lorsque la crise frappe à nouveau, Ronald Reagan réintroduit à l’inverse un libéralisme pur et dur – conception reprise par Donald Trump, pour qui l'état social est contraire à l'identité américaine. Aux yeux du dirigeant, le patriotisme joue un rôle central dans la construction nationale – tout comme l'armée, qui doit permettre aux États-Unis de remplir la mission dont ils s’estiment investis : sauver le monde ou, plutôt, la place de choix que le pays y occupe.


































