Je collectionne, tu collectionnes, elle collectionne... Qu’ils soient libéllocénophiles, amateurs de menus de restaurants, ludophiles ou fous de jouets, ces hommes et femmes collectionnent des objets de façon compulsive. Nostalgie, volonté de sauver le patrimoine ou simple besoin de s’occuper, les motivations sont multiples.
Pendant plusieurs mois, les équipes de "Grands reportages" ont suivi ces doux-dingues capables de chiner, traquer, négocier sans relâche. Leurs terrains de jeu sont multiples - brocantes, vide-greniers, informateurs secrets ou ventes aux enchères…
Mais tous ont le même objectif : obtenir LA pièce manquante à leur collection, le Graal tant convoité... avec parfois des déceptions, des conséquences aussi sur la vie de famille souvent impactée par cette passion dévorante.
Épisode 1
À Strasbourg, David et Mélanie cohabitent avec...11 000 jouets. Cette collection démesurée, ce couple n'est pas près de l'arrêter. Ils consacrent tous leurs week-ends et toutes leurs vacances à la recherche de nouveaux objets et dépensent jusqu'à 300 euros par mois : “Notre collection, elle passe avant le choix de faire des travaux sur la maison, avant le choix de changer de voiture, d'aller faire de beaux voyages. Ça nous a un peu dépassé…” Ces grands enfants espèrent que leurs sacrifices et leurs efforts leur permettront, un jour, d'ouvrir leur propre musée. En attendant, ils vont réaliser leur première exposition, à Colmar, à l'occasion du 50 ème anniversaire de la marque « Playmobil ».
Le musée, Stéphane Coqueau, lui l'a déjà. Et il est pour le moins insolite. A Gramat, dans le Lot, ce coiffeur de formation a réuni plus de 4000 ustensiles, flacons, sièges, outils en lien avec le métier de coiffeur barbier.
Parmi ces objets, le plus petit rasoir du monde ou encore des appareils à permanente à la sécurité douteuse. “Cette collection permet de rendre hommage à ceux qui les ont utilisés, les ont fabriqués, c’est grâce à eux qu'on est là... Il ne faut pas oublier ce patrimoine”. Aujourd'hui, Stéphane veut faire revivre sa collection. Il a décidé d'entièrement reconstituer un salon de 1920 et de coiffer des gens avec les outils d'autrefois.
Famille et collection ne font pas forcément bon ménage. Christophe Marguin, un chef cuisinier lyonnais féru de gastronomie et grand collectionneur de menus est, lui, sur le point de faire ce qu'il a toujours redouté, tout vendre. “Quand on est collectionneur, c'est tout le temps. On lâche rien. C'est toujours en train de dire, voilà, il y a une pièce, il y a une pièce qui manque. Il faut que je la trouve.” Dans son appartement, les livres de cuisines mais surtout les 4600 menus des grands dîners officiels des présidents envahissent jusqu'au dressing de sa femme. Parmi ces petits bouts de papier, témoignages de l'histoire de la diplomatie française, des menus en vingt plats sous Napoléon III, celui de la visite de Kennedy avant son assassinat ou encore ceux de la reine Elisabeth d'Angleterre à qui on réservait toujours les meilleurs vins. Mais sa femme en a assez et lui a donc demandé de s'en séparer. C'est lors d'une énorme vente aux enchères que Christophe va assister à la dispersion de ce qu'il a mis tant de temps à réunir.
Épisode 2
A Carentan, en Normandie, Jean-Marie et Sylvie peuvent remonter le temps grâce à leur gigantesque collection d’objets civils et militaires des années 40. Après avoir transformé leur maison et leur garde-robe, ces collectionneurs ont aussi recréé une épicerie typique de cette époque remplie de trésors d’antan qu’ils ouvrent aux visiteurs, gratuitement, une fois par mois.
Fort de leur succès, ces férus d’Histoire se sont lancés un nouveau défi de taille : reconstituer l’ambiance du 6 juin 1944 lors d’une grande fête de 4 jours qu’ils vont organiser chez eux, dans leur propre jardin, à l’occasion du 80 ème anniversaire du débarquement de Normandie. Plus de 4000 personnes sont attendues: “Des événements comme ça, ça nous permet de sortir notre collection. Nous ce qu’on cherche c’est le partage et que les gens soient contents. On ne fait pas notre collection pour nous personnellement.”
Christine Donnard, elle, est née la même année que la poupée Barbie. Hasard ou coïncidence ? Cette enseignante à la retraite, elle, y voit un signe. C'est ainsi que depuis presque 60 ans, elle est tombée amoureuse de la poupée Barbie. “Moi, j'aime la taille de la Barbie, les proportions de la Barbie, les visages différents, des chevelures différentes. Et on les veut toutes parce qu'elles sont toutes belles”. Pourtant, Christine n'est pas une collectionneuse comme les autres. Elle ne se contente pas de contempler ses poupées derrière une vitrine mais elle les utilise comme mannequins miniatures pour assouvir une autre de ses passions, la couture de vêtements historiques. C'est ainsi que sous ses doigts de fée, Ken devient l'Empereur Napoléon Ier et Barbie se transforme en Anne d'Autriche. Christine, qui a déjà confectionné plus de 800 poupées-personnages, va s’atteler à une nouvelle création : une poupée mi-homme mi-femme qui représenterait le célèbre Chevalier d'Eon, l'espion qui sous Louis XV se travestissait en femme pour ses missions. Elle devra ensuite présenter sa poupée devant un public d’experts, à l’occasion d’un festival historique consacré à ce personnage.
S'il en est un qui n'a pas peur de la démesure, c'est Julien Recours. A Juranville dans le Loiret, un immense entrepôt de 4000 m2 abrite une étonnante collection de sculptures habitables, de mobil- homes ou encore... de blocs sanitaires. Ces pièces futuristes conclues par des architectes des années 1960, Julien les collectionne depuis dix ans avec sa compagne Jessica. Le couple a fait ses plus belles trouvailles dans des squats, des décharges ou encore dans des fermes abandonnées. Ils espèrent aujourd’hui récupérer un bien exceptionnel qu’ils convoitent depuis plusieurs années : une maison « Futuro », un ovni d'architecture conçu par un Finlandais dans les années 70 à seulement quelques dizaines d'exemplaires. Mais pour cela, ils vont voyager jusqu'à Taïwan où l'un de ces modèles aurait été abandonné sur une plage: “La collection, c’est un bon prétexte pour vivre des aventures, et pour vivre des trucs de fou!”.
Épisode 3
A deux pas du circuit automobile des 24 heures du Mans, la famille Lhuissier vibre pour les voitures SIMCA, une marque née dans les années 1930 et connue pour être la petite « populaire » qui emmenait les Français en vacances. Le virus de la collection débutée par le papa, Thierry, a contaminé ses trois fils, sa femme mais aussi les belles-filles. “Moi j'ai eu la chance par rapport à mon âge de les connaître ces voitures-là, explique Thierry. Ce que j'aime dans ce genre de véhicule ce sont les odeurs, une 1301 même une 1300, les banquettes, l’odeur des sièges, quand je monte dedans, c’est mon enfance”. Qu'il s'agisse de retaper une Simca 8 de 1950 ou participer à un rassemblement de véhicules anciens, la tribu Lhuissier est toujours au complet. Et c'est tous ensemble que ces novices se sont lancé le défi d'ouvrir un musée entier consacré à leur marque préférée. Le compte à rebours est enclenché pour lustrer et mettre en valeur leurs 80 voitures mais aussi les milliers d'objets qui retracent l'histoire de Simca.
Chagall, Delacroix, Picasso...depuis plus de 40 ans, Serge Sauvegrain collectionne des dessins, des aquarelles mais surtout des gravures anciennes qu’il déniche dans des brocantes, des maisons de vente ou grâce à son réseau. En tout, cet Isérois de 63 ans possède quelques 6000 œuvres. L’homme l’admet sans embarras, il est ce que l’on appelle un « collectionneur fou »... En vue de la réouverture de sa galerie, Serge rêve de mettre la main sur une pièce extrêmement rare qu’il cherche depuis qu’il a débuté sa collection: une gravure du 15 ème siècle: “A partir du moment où je sais que ça existe, je dois l’avoir, c’est comme ça. Ce n’est plus une collection, c’est une addiction !” Et la quête va s'avérer plus compliquée que prévue.
C'est une passion pour l'Histoire qui a conduit David Bardiaux à collectionner plus de 12 000 objets de la guerre 14-18. Mais ce natif du Nord de la France ne se contente pas de les amasser ni de les faire connaître au public dans son musée installé sur la colline de Notre-Dame-de-Lorette. Il veut connaître la petite histoire qui se cache derrière chaque tenue de soldat, chaque fusil, chaque fourchette gravée. “Ce qui me marque le plus ce sont les objets qui ont appartenu au soldat, un porte-monnaie, une pipe, une gourmette car là on touche à l’intime...”. Et c'est dans une enquête passionnante que ce « détective » de 63 ans va se lancer. Il va acheter à un autre collectionneur une caisse en bois – un bureau d'Etat-major portatif – remplie de documents d'époque dont plusieurs avec la mention « Classé secret ». Et va remonter le fil de cette caisse avec l'espoir de retracer le parcours de son propriétaire, un soldat de la Grande Guerre qui lui réserve bien des surprises.

































